L’Argentine vient d’entrer dans l’histoire du droit international avec une décision judiciaire sans précédent : la première condamnation pour “féminicide écologique”. Le verdict, rendu public ce 30 octobre 2025 par le Tribunal de Grande Instance de Salta, est le résultat d’une longue bataille menée par l’avocate des droits humains, Stella Maris Lemos. Ce cas emblématique lie directement la violence contre les femmes et la destruction environnementale, créant un nouveau précédent juridique pour la justice sociale et climatique.
L’affaire concernait l’assassinat brutal de deux militantes Sâmes (indigènes) dans la région du Chaco, qui s’opposaient farouchement à un projet de déforestation illégale pour l’expansion d’une monoculture de soja. L’enquête, initialement traitée comme un double meurtre “ordinaire”, a été requalifiée par l’équipe de Maître Lemos qui a argumenté que ces femmes avaient été ciblées non seulement en raison de leur militantisme environnemental, mais aussi spécifiquement en tant que femmes défendant la terre nourricière — une violence systémique que les communautés indigènes appellent le “féminicide du territoire”.
Dans son réquisitoire final, Stella Maris Lemos a fait valoir que la violence était intrinsèquement liée à un système patriarcal et extractiviste qui cherche à éliminer la résistance féminine perçue comme un obstacle à l’exploitation des ressources naturelles. “Ces femmes étaient les gardiennes de la terre. Les tuer était un acte pour faire taire la défense de l’écosystème, et cet acte portait la marque de la misogynie la plus crasse,” a‑t-elle déclaré. Le tribunal a reconnu que le crime répondait à la définition de féminicide établie dans le code pénal argentin, en y ajoutant la qualification aggravante d’un mobile lié à la défense de l’environnement.
Le jugement est une victoire retentissante pour les associations écoféministes et les communautés indigènes d’Amérique latine, qui luttent depuis des décennies pour faire reconnaître le statut de “défenseures des droits humains environnementaux” aux femmes. Il est attendu que cette décision inspire d’autres pays de la région, comme le Brésil et la Colombie, où le nombre de femmes militantes assassinées est tristement élevé. L’Argentine confirme ainsi son rôle de pionnière en matière de droits des femmes et de justice environnementale.

L’impact de ce précédent dépasse les frontières nationales. L’ONU Femmes et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme ont immédiatement salué le verdict, le considérant comme un outil crucial dans la reconnaissance de la vulnérabilité spécifique des femmes en première ligne du combat climatique. Des ONG ont annoncé qu’elles utiliseraient cette jurisprudence pour plaider des cas similaires devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. Le message du 30 octobre est clair : la violence contre les femmes et la violence contre la Terre Mère sont deux faces d’un même système d’oppression, et la justice commence à les traiter comme telles. Le monde juridique vient de s’ouvrir à l’écoféminisme.