Colonna : Alerte Régression Droits Femmes à Paris

L’ombre d’un recul planait au-dessus du Quai d’Orsay ce 30 octo­bre 2025, lors de la clô­ture de la 4ème Con­férence min­istérielle des diplo­maties fémin­istes. La Min­istre de l’Europe et des Affaires étrangères, Cather­ine Colon­na, n’a pas mâché ses mots. Dans un dis­cours de clô­ture qual­i­fié de “mobil­isa­teur” par les obser­va­teurs, elle a lancé une alerte sévère con­tre les “régres­sions inac­cept­a­bles” des droits des femmes observées sur la scène mon­di­ale. L’événe­ment, qui a réu­ni les représen­tants de plus d’une trentaine de pays ayant adop­té une poli­tique étrangère fémin­iste, visait à con­solid­er les acquis de la Déc­la­ra­tion et du Pro­gramme d’ac­tion de Pékin, dont on célèbre cette année le 30e anniver­saire.

Le ton de la Min­istre Colon­na a été par­ti­c­ulière­ment ferme. Face à une audi­ence de diplo­mates, d’ONG et de mil­i­tantes, elle a ciblé sans les nom­mer les États qui, sous cou­vert de sou­veraineté ou de tra­di­tion­al­isme, déman­tè­lent les pro­tec­tions légales des femmes et des filles. “Nous ne pou­vons plus tolér­er que les acquis dure­ment gag­nés, de l’accès à l’avortement à la par­tic­i­pa­tion poli­tique, soient effacés d’un trait de plume. L’é­gal­ité n’est pas une option cul­turelle ; c’est un impératif uni­versel de paix et de sécu­rité,” a‑t-elle déclaré, rece­vant une ova­tion debout.

Le point névral­gique de la con­férence fut la propo­si­tion française de créer un “mécan­isme d’alerte rapi­de” sous l’égide de l’Or­gan­i­sa­tion des Nations unies. Ce mécan­isme vis­erait à iden­ti­fi­er et, poten­tielle­ment, à sanc­tion­ner les États dont les poli­tiques con­stituent une régres­sion man­i­feste des droits humains des femmes. Bien que cette propo­si­tion ait ren­con­tré une adhé­sion qua­si unanime des pays scan­di­naves et du Cana­da, elle a soulevé des réti­cences de la part de délé­ga­tions d’Amérique latine et d’Asie, soucieuses de l’ingérence dans leurs affaires intérieures. Toute­fois, l’ini­tia­tive a per­mis de recen­tr­er les dis­cus­sions non plus seule­ment sur l’aide au développe­ment, mais sur la respon­s­abil­ité légale et morale des gou­verne­ments.

Le dis­cours de Cather­ine Colon­na a égale­ment mis en lumière l’im­por­tance d’in­té­gr­er la per­spec­tive de genre dans toutes les négo­ci­a­tions, y com­pris le cli­mat et les con­flits. “Quand les femmes sont à la table, les accords de paix durent plus longtemps. Quand les femmes diri­gent la tran­si­tion écologique, les solu­tions sont plus équita­bles,” a insisté la Min­istre. Elle a notam­ment salué le tra­vail de la nou­velle envoyée spé­ciale de l’UE pour les femmes, la paix et la sécu­rité, appelant à dou­bler les finance­ments alloués aux organ­i­sa­tions fémin­istes de ter­rain, sou­vent les pre­mières vic­times des coupes budgé­taires, comme le souligne l’alerte de la Fon­da­tion des Femmes (voir arti­cle N°7).

En con­clu­sion, la con­férence s’est achevée sur la sig­na­ture de la “Déc­la­ra­tion de Paris 2025”, un texte qui réaf­firme l’en­gage­ment des nations sig­nataires à con­sacr­er au moins 50% de leur aide publique au développe­ment (APD) à des pro­grammes visant l’é­gal­ité de genre. C’est un engage­ment financier inédit, qui, s’il est hon­oré, pour­rait trans­former rad­i­cale­ment le paysage de la coopéra­tion inter­na­tionale. Le mes­sage est clair : la diplo­matie fémin­iste passe de la parole à l’acte, mais elle doit désor­mais faire face à des vents con­traires de plus en plus puis­sants. La lutte pour les droits des femmes en 2025 est avant tout une bataille pour la non-régres­sion.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *