1. Analyse Textuelle et Philosophique
L’Article 24 dispose :
« Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques. »
Cet article complète l’Article 23 (le droit au travail) en posant une limite essentielle à l’exploitation. Philosophiquement, il affirme que l’être humain n’est pas une simple force productive ou une “ressource” économique. Il possède une vie intérieure, familiale et sociale qui exige du temps soustrait aux impératifs du marché. C’est l’article qui consacre le droit à la récupération et à l’épanouissement personnel.
2. La Limitation Raisonnable de la Durée du Travail
Historiquement, la révolution industrielle avait imposé des rythmes de travail épuisants (souvent 12 à 15 heures par jour, 6 ou 7 jours sur 7). L’Article 24 institutionnalise les luttes sociales du XIXe et du début du XXe siècle.
- Le droit à la santé : Une limitation raisonnable est une mesure de santé publique. Elle prévient l’usure prématurée du corps et de l’esprit (ce qu’on appelle aujourd’hui le “burn-out”).
- Le droit à la vie de famille : Limiter le travail, c’est permettre au parent d’être présent pour ses enfants et au citoyen de s’investir dans sa communauté (faisant ainsi le lien avec l’Article 20 sur l’association).
3. La Révolution des Congés Payés
Le droit aux congés payés est sans doute l’une des avancées les plus concrètes de la DUDH.
- Le repos sans la misère : Avant cela, s’arrêter de travailler signifiait ne plus être payé. Les congés payés garantissent que le repos ne soit pas un luxe réservé à une élite, mais un droit universel accessible aux travailleurs les plus modestes.
- Le droit au loisir : Le loisir n’est pas vu ici comme de la paresse, mais comme une activité de culture, de voyage ou de sport nécessaire à la dignité. Il permet à l’individu de s’ouvrir au monde et d’exercer sa liberté de manière créative.

4. La Relation entre Repos et Dignité
Cet article est intrinsèquement lié à l’Article 22 sur le développement de la personnalité. Pour que l’esprit puisse se cultiver (Art. 27), il lui faut du temps libre. Le repos est le silence nécessaire pour que la pensée puisse se former. En ce sens, l’Article 24 protège indirectement la liberté de pensée (Art. 18) et d’opinion (Art. 19), car un homme épuisé est un homme plus facile à manipuler.
5. Défis Contemporains : Le Temps à l’Ère Numérique
Aujourd’hui, l’application de l’Article 24 rencontre de nouveaux obstacles :
- Le droit à la déconnexion : Avec les smartphones, le travail s’invite dans l’espace privé et le temps de repos. Les législations modernes (comme en France) doivent désormais préciser que le repos implique une absence de sollicitation numérique.
- L’économie à la demande : Pour les travailleurs indépendants ou les auto-entrepreneurs, la “limitation raisonnable” est difficile à imposer, car leur revenu dépend directement du nombre d’heures effectuées, créant un risque d’auto-exploitation.
- Le déséquilibre mondial : Dans de nombreux pays en développement, les congés payés restent une théorie lointaine pour des millions de travailleurs du secteur informel.
6. Conclusion de l’Article 24
L’Article 24 est l’ultime rempart contre la transformation de la vie humaine en une suite ininterrompue de tâches utilitaires. Il rappelle que la finalité de l’existence n’est pas la production, mais la liberté. En garantissant le repos, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme assure que chaque individu, quel que soit son métier, dispose d’un espace de temps qui lui appartient en propre, sanctuarisant ainsi son autonomie et sa dignité.