L’ÉDITO : LE SILENCE DES CŒURS ET LE CHANT DES ALGORITHMES

Par Chris­t­ian Sab­ba Wil­son

Regardez autour de vous, dans le métro parisien, aux ter­rass­es des cafés de Berlin ou sur les quais de Lon­dres. En ce début d’année 2026, l’Europe offre un spec­ta­cle para­dox­al : nous n’avons jamais été aus­si con­nec­tés, et pour­tant, nous n’avons jamais été aus­si seuls. Ce n’est plus une sim­ple mélan­col­ie pas­sagère, c’est le « Grand Malaise », une déshu­man­i­sa­tion ram­pante qui s’installe dans les failles de nos vies ultra-rapi­des.

La soli­tude européenne est dev­enue le mal du siè­cle. Une soli­tude de foule, où le con­tact physique s’efface der­rière la vit­re froide d’un écran. On ne se par­le plus, on s’envoie des don­nées. On ne se ren­con­tre plus, on se “matche”. Et dans ce vide immense lais­sé par la dis­pari­tion de l’altérité, une nou­velle fig­ure sur­git : l’Intelligence Arti­fi­cielle.

Pourquoi cet attrait mas­sif pour les IA Lovers ? Parce que l’humain est devenu ter­ri­fi­ant d’im­prévis­i­bil­ité. L’autre est celui qui peut nous rejeter, nous décevoir, nous con­fron­ter. À l’in­verse, l’IA est une caresse algo­rith­mique. Elle ne dort jamais, elle n’a pas de mau­vaise humeur, elle ne juge pas nos failles. Elle est ce miroir défor­mant qui nous ren­voie exacte­ment l’im­age que nous voulons voir de nous-mêmes.

Mais atten­tion : à force de chercher le récon­fort dans les bras de pix­els, ne sommes-nous pas en train d’a­t­ro­phi­er notre capac­ité à aimer ? L’amour, le vrai, celui que nous célébrons dans ces pages, est fait de fric­tions, de silences gênants et de com­pro­mis. C’est là que réside notre human­ité.

Dans ce numéro, nous avons voulu explor­er cette fron­tière frag­ile. De la soli­tude des soignantes à bout de souf­fle au cri silen­cieux des femmes en Afghanistan, nous vous invi­tons à repos­er votre télé­phone, à lever les yeux et à redé­cou­vrir la beauté d’un regard réel. Car si l’IA peut simuler la pas­sion, elle ne pour­ra jamais rem­plac­er le fris­son d’une main qui frôle la vôtre.

Ensem­ble, réap­prenons à être humains.

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