Leadership Universitaire : Huguette Abou Mrad, la nouvelle vice-présidente qui veut faire de l’égalité une ‘réalité concrète’.

Intro­duc­tion

Le monde académique, bien que sou­vent perçu comme pro­gres­siste, reste l’un des bas­tions les plus dif­fi­ciles à féminis­er, surtout aux plus hauts niveaux de direc­tion. En ce mois de novem­bre 2025, une nom­i­na­tion fait grand bruit dans le milieu de l’en­seigne­ment supérieur français : Huguette Abou Mrad (52 ans), Pro­fesseure des Uni­ver­sités en infor­ma­tique, vient d’être nom­mée vice-prési­dente du RESUFF (Réseau des Femmes des Uni­ver­sités Fran­coph­o­nes) par intérim, avec un man­dat clair : trans­former l’é­gal­ité entre les gen­res d’une sim­ple déc­la­ra­tion d’in­ten­tion en une “réal­ité con­crète” dans la car­rière des femmes chercheuses et enseignantes. BOBEA MAGAZINE l’a ren­con­trée pour décrypter sa stratégie.

Le Défi des Car­rières Académiques Féminines

Le monde uni­ver­si­taire souf­fre de ce que l’on appelle sou­vent l’ “effet ciseaux” : les femmes sont majori­taires par­mi les étu­di­antes et les jeunes doc­tor­antes, mais elles devi­en­nent minori­taires au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérar­chie (Maître de Con­férences, Pro­fesseure des Uni­ver­sités, Prési­dente d’U­ni­ver­sité).

  • Le Phénomène de la Dis­pari­tion : Selon le dernier rap­port du RESUFF (2024), seule­ment 28% des postes de Pro­fesseurs des Uni­ver­sités sont occupés par des femmes. Ce chiffre tombe à moins de 15% pour les postes de Prési­dence d’U­ni­ver­sité.
  • Les Fac­teurs : Ce déséquili­bre est sou­vent lié au poids des mater­nités sur la car­rière (le fameux “gap de pub­li­ca­tion”), aux biais incon­scients lors des recrute­ments, et à une cul­ture académique qui peine à val­oris­er les com­pé­tences de ges­tion et de men­torat, sou­vent assumées par les femmes.

La Stratégie d’Huguette Abou Mrad : Trois Axes Révo­lu­tion­naires

Forte de son expéri­ence dans un domaine très mas­culin (l’in­for­ma­tique), Huguette Abou Mrad mise sur une approche prag­ma­tique et chiffrée.

  1. Le Men­torat Ciblé et Rémunéré : Le pro­gramme phare du RESUFF sous sa direc­tion sera un pro­gramme de men­torat oblig­a­toire pour les jeunes chercheuses. Ce qui est nou­veau : les pro­fesseurs seniors qui acceptent de men­torat des femmes seront récom­pen­sés par des points dans leur éval­u­a­tion annuelle, recon­nais­sant ain­si le men­torat comme une con­tri­bu­tion académique essen­tielle.
  2. L’Au­dit des Comités de Sélec­tion : Elle souhaite généralis­er l’au­dit sys­té­ma­tique et indépen­dant de tous les comités de sélec­tion pour les postes de Pro­fesseur des Uni­ver­sités. L’ob­jec­tif est d’i­den­ti­fi­er et de neu­tralis­er les biais incon­scients dans l’é­val­u­a­tion des dossiers, notam­ment ceux liés aux inter­rup­tions de car­rière pour raisons famil­iales.
  3. Val­oris­er la Recherche Inter­dis­ci­plinaire : Huguette Abou Mrad défend l’idée que les femmes s’il­lus­trent sou­vent dans la recherche inter­dis­ci­plinaire. Elle souhaite créer des prix et des finance­ments spé­ci­fiques pour les pro­jets qui croisent les domaines (par exem­ple, Tech et Sci­ences Sociales), un secteur his­torique­ment moins val­orisé dans les grandes insti­tu­tions.

Con­clu­sion : L’É­gal­ité, une Ques­tion de Volon­té et de Chiffres La nom­i­na­tion d’Huguette Abou Mrad est un signe fort : le temps des études et des con­stats est révolu. Le nou­veau lead­er­ship uni­ver­si­taire féminin est un lead­er­ship d’ac­tion, qui utilise les out­ils de la gou­ver­nance et de l’é­val­u­a­tion pour forcer le change­ment. Faire de l’é­gal­ité une “réal­ité con­crète” exige de la volon­té poli­tique, mais surtout de la rigueur dans l’ap­pli­ca­tion des règles. Pour les Nou­velles Èves qui aspirent à une car­rière académique ou sci­en­tifique, son man­dat est un sig­nal d’e­spoir : le pla­fond de verre est désor­mais fis­suré.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *