Introduction
L’affaire Alina M., dont le procès en appel s’est ouvert à Bobigny le 5 novembre 2025, est bien plus qu’un fait divers : c’est un miroir cruel tendu à la justice française. Alina M., 38 ans, a été condamnée en première instance à dix ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire sur son conjoint, après des années de violences conjugales documentées et de multiples mains courantes ignorées. Son histoire, rendue publique par le collectif féministe #NousToutes, cristallise la frustration et l’urgence de réformer le système. Son cas soulève une question fondamentale : la légitime défense est-elle vraiment accessible aux victimes de violences structurelles ?
Le Fil des Faits : Une Chronologie des Alarms Ignorées
L’historique du couple Alina M. et Jean B. (le conjoint décédé) est une succession d’alertes :
- 2019–2022 : Trois mains courantes déposées par Alina M. pour menaces de mort et harcèlement. Toutes classées sans suite par le Parquet de Créteil.
- Mars 2023 : Alina M. se rend à l’Hôpital Saint-Antoine avec un traumatisme crânien et reçoit une ITT (Incapacité Totale de Travail) de 5 jours. Elle est encouragée à porter plainte par le personnel médical, mais elle s’en abstient par peur.
- Septembre 2024 : Alina M. abat son conjoint avec une arme qu’il possédait illégalement. Le procureur requiert la qualification d’homicide volontaire, insistant sur le fait que l’acte n’était pas immédiatement précédé d’une agression physique.
Le Débat Juridique : La Légitime Défense Différée
Le cœur de la défense d’Alina M., portée par l’avocate Maître Élisabeth Z., repose sur la notion de “légitime défense différée” ou “syndrome de la femme battue”.
- L’Obstacle Légal : Selon l’Article 122–5 du Code Pénal, la légitime défense doit être nécessaire et simultanée à l’agression. Or, dans les cas de violences conjugales de longue durée, l’acte de défense arrive souvent lors d’une “accalmie” perçue par l’extérieur, mais à un moment où la victime anticipe un danger mortel imminent (le cycle de la violence).
- Le Plaidoyer : Maître Z. plaide que l’état de peur constante et la contrainte psychologique exercée par Jean B. doivent être considérés comme une agression continue, légitimant la riposte pour survivre.

L’Impact Social et Politique (Novembre 2025)
L’affaire Alina M. a eu des répercussions politiques significatives :
- Réforme Manquée : Si la loi de janvier 2025 a renforcé l’usage du Téléphone Grave Danger (TGD), elle n’a pas réformé la définition de la légitime défense pour les violences conjugales, un point de friction soulevé par de nombreuses associations (comme la Fondation des Femmes).
- La Mobilisation : Une marche nationale a lieu le 23 novembre 2025, à la veille de la Journée internationale contre les violences, exigeant une reconnaissance juridique de l’état de danger permanent des victimes.
Conclusion :
L’issue du procès en appel d’Alina M. est attendue comme un verdict non seulement pour une femme, mais pour l’ensemble des victimes silencieuses. Le cas révèle que si l’arsenal législatif progresse pour protéger avant l’acte fatal (comme le TGD), le système judiciaire peine encore à reconnaître la réalité psychologique et l’état de légitime survie après que le drame ait eu lieu.