Le 22 juillet 2025 marque un tournant inattendu dans la politique familiale des États-Unis. Le président Donald Trump, lors d’un rassemblement à la Maison-Blanche, a officiellement lancé ce qui est rapidement surnommé « le plus grand plan nataliste américain du XXIe siècle » : chaque bébé américain né entre 2025 et 2028 bénéficiera d’un compte de 1 000 $ financé par l’État. Réelle révolution sociale ou simple diversion politique ? Décryptage d’un projet qui secoue familles, experts et opposants politiques.
En quoi consiste l’initiative des “Trump Accounts” ?
La mesure-phare du nouveau dispositif, baptisé « Trump Accounts » dans le texte de loi « One Big Beautiful Bill », garantit une dotation de 1 000 $ à chaque nouveau-né américain citoyen. À l’ouverture, cet argent est investi sur un fonds indiciel géré par les tuteurs légaux, avec la possibilité de contributions complémentaires de la part de la famille ou de l’employeur (jusqu’à 5 000 $/an).
Réduire les inégalités : une ambition affichée
L’idée de base : donner à tous les enfants, peu importent leurs origines sociales, un « start financier » pour leur avenir — études, logement, création d’entreprise, etc. Il s’agit pour Trump de répondre à la montée des inégalités de patrimoine aux États-Unis, documentée depuis plus d’une décennie par de nombreux économistes. Comme pour les « baby-bonds » expérimentés dans certains États (Californie, Connecticut), le dispositif entend briser le cercle de reproduction sociale en offrant un socle d’épargne à chaque génération.
Les avantages pour les familles
- Accès universel : Automatiquement attribué à chaque enfant né de citoyens américains titulaires d’un numéro de sécurité sociale.
- Effet boule de neige : Investi très tôt, 1 000 $ peuvent devenir beaucoup plus grâce à la capitalisation sur 18 ans, selon le taux de croissance des marchés financiers.
- Souplesse des usages : Au moment de la majorité, le jeune adulte pourra utiliser ces fonds pour ses études, acheter un logement ou lancer une activité entrepreneuriale.
- **Effet sociétal **: Une telle mesure dynamise la natalité, particulièrement dans une Amérique marquée par la baisse du taux de fécondité depuis 15 ans.

Limites, critiques et controverses
Toutefois, ce plan ne fait pas consensus. Plusieurs analystes et ONG pointent des zones grises :
- **Distribution inégale ** : Certains craignent que seuls les enfants de familles déjà sensibilisées à l’investissement y voient un véritable avantage.
- Usage restreint : Les fonds sont bloqués jusqu’à la majorité (18 ans), et susceptibles d’être taxés s’ils servent à d’autres fins que prévues.
- **Insuffisant pour les familles défavorisées **: D’après l’Urban Institute, la dotation ne compense pas la faiblesse des politiques sociales américaines (maternité, accès à la santé, crèches, etc.).
- Complexité administrative : L’automatisation proposée risque d’exclure les familles non informées, surtout dans les communautés les plus en difficulté.
- Finalité ambiguë : De nombreux experts s’interrogent : plan de capitalisation pour la jeunesse ou future niche fiscale ? Le dispositif s’apparente pour certains à un « baby-retirement saving » peu adapté à la mobilité sociale.
Impact sociétal et débat politique
Du côté pro-Trump, on insiste sur un “tournant moderne et pro-famille”. Selon la Maison-Blanche, « ce plan va transformer la vie de millions de familles américaines », en particulier les classes moyennes trop souvent oubliées par les politiques publiques.
Les adversaires démocrates parlent d’“effet d’annonce” en pleine campagne, et rappellent que des aides directes pour la parentalité (garde d’enfants, santé, éducation gratuite) seraient autrement plus efficaces et ciblées.
Quel impact pour les femmes et les familles européennes ?
Si la mesure divise les Américains, son idée séduit déjà certains gouvernements européens confrontés à la baisse des naissances. En France ou en Italie, les débats s’intensifient sur la mise en place de « comptes à la naissance », dotés d’un capital de départ pour booster la natalité. Pour autant, l’expérience américaine rappelle qu’une simple dotation ne saurait remplacer une politique familiale globale (services publics, équité genre, valorisation du temps parental).