Depuis le printemps 2025, la question de la reconnaissance d’un État palestinien s’est imposée au cœur de l’agenda politique européen. L’annonce conjointe de l’Espagne, de l’Irlande et de la Norvège, officialisant leur reconnaissance de la Palestine comme État souverain, a marqué un tournant dans la diplomatie européenne.
Cette initiative, saluée par de nombreux pays du Sud, relance le débat sur le rôle de l’Europe dans la résolution du conflit israélo-palestinien et pose la question de l’unité européenne face à un dossier aussi sensible.
La reconnaissance d’un État palestinien n’est pas un acte anodin. Elle s’inscrit dans une longue histoire de négociations, d’espoirs déçus, de tensions et de tentatives de médiation. Depuis les accords d’Oslo dans les années 1990, la communauté internationale a souvent affiché son soutien à une solution à deux États, sans pour autant parvenir à la concrétiser. L’initiative de mai 2025 intervient dans un contexte de regain de tensions au Moyen-Orient, avec des violences récurrentes à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, mais aussi une pression croissante de la société civile européenne en faveur d’une paix durable.
Les motivations des pays ayant franchi le pas sont multiples.
Pour l’Espagne, il s’agit d’un acte de justice historique et d’un engagement envers le droit international. L’Irlande, de son côté, met en avant la solidarité avec les peuples opprimés, tandis que la Norvège insiste sur la nécessité de relancer un processus de paix moribond. Cette dynamique, bien que saluée par certains, suscite aussi des critiques. Israël a immédiatement rappelé ses ambassadeurs et dénoncé une “faute diplomatique grave”, tandis que certains partenaires européens, comme l’Allemagne ou la Hongrie, appellent à la prudence et à la préservation de l’unité européenne.

La France, quant à elle, se trouve à la croisée des chemins.
Si le gouvernement affirme soutenir une solution à deux États, il temporise sur la reconnaissance officielle, préférant miser sur la diplomatie et la concertation européenne. Ce positionnement reflète les divisions internes à l’Union européenne, où chaque pays avance selon sa propre sensibilité historique, politique et géostratégique. L’enjeu est de taille : une reconnaissance massive et coordonnée pourrait peser sur le rapport de force international, mais une démarche dispersée risque d’affaiblir la voix de l’Europe.
Au-delà des postures officielles, cette séquence diplomatique révèle aussi l’évolution des opinions publiques. En France, en Espagne, en Belgique ou en Suède, de nombreux citoyens expriment leur solidarité avec le peuple palestinien, à travers des manifestations, des tribunes et des campagnes sur les réseaux sociaux. Les jeunes générations, en particulier, se mobilisent pour une politique étrangère plus éthique et plus engagée.
Cette pression populaire, relayée par des ONG et des personnalités du monde culturel, pèse de plus en plus sur les décideurs politiques.
Les conséquences de cette nouvelle dynamique sont multiples. Sur le plan diplomatique, elle pourrait ouvrir la voie à une relance du dialogue entre Israël et la Palestine, sous l’égide de l’Union européenne. Sur le plan politique, elle met à l’épreuve la cohésion européenne, à l’heure où l’UE cherche à s’affirmer comme puissance d’équilibre sur la scène internationale. Enfin, sur le plan symbolique, elle redonne espoir à une population palestinienne souvent oubliée des grands équilibres mondiaux.
La reconnaissance d’un État palestinien par plusieurs pays européens n’est donc pas seulement un acte diplomatique : c’est aussi un signal fort envoyé à la communauté internationale, un appel à la responsabilité collective et une invitation à repenser le rôle de l’Europe dans la construction de la paix. Reste à savoir si cette dynamique sera suivie d’effets concrets, tant sur le terrain que dans les instances multilatérales.