Introduction
Depuis la vague #MeToo, la parole des femmes sur les violences sexuelles et sexistes s’est libérée, bouleversant les rapports de pouvoir et la perception des figures publiques. Pourtant, en 2024–2025, une autre voix s’est fait entendre : celle de femmes qui, contre toute attente, prennent la défense de Gérard Depardieu, acteur accusé de multiples agressions sexuelles. Pourquoi ces femmes, souvent engagées pour l’égalité, choisissent-elles de soutenir une figure aussi controversée ? Que révèlent ces prises de position sur la société française et sur les paradoxes de la lutte féministe ? BOBEA enquête sur un phénomène qui bouscule les certitudes et interroge les limites du débat public.
1. Le cas Depardieu : une affaire emblématique
1.1. Les accusations et la réaction publique
En 2023–2024, plusieurs femmes accusent Gérard Depardieu d’agressions sexuelles, dans la continuité de la vague #MeToo. Les médias s’emparent de l’affaire, les réseaux sociaux s’enflamment, et la justice s’en mêle. Pour beaucoup, Depardieu devient le symbole d’une époque où l’impunité masculine était la règle.
1.2. Un monument du cinéma français
Mais Depardieu n’est pas un homme comme les autres : monstre sacré du cinéma, adulé pour son talent, il incarne une certaine France populaire, libre, excessive. Son image divise : pour certains, il est l’artiste absolu ; pour d’autres, le représentant d’un patriarcat à bout de souffle.
1.3. La fracture dans l’opinion
L’affaire Depardieu cristallise les tensions : d’un côté, les défenseurs de #MeToo réclament justice et reconnaissance pour les victimes ; de l’autre, certains dénoncent une « chasse à l’homme », une « culture de l’annulation » et la fin de la présomption d’innocence.
2. Qui sont ces femmes qui soutiennent Depardieu ?
2.1. Un soutien inattendu
Parmi les soutiens les plus visibles de Depardieu, on trouve… des femmes. Actrices, intellectuelles, journalistes, citoyennes : elles publient tribunes, pétitions, posts sur les réseaux sociaux. Certaines sont elles-mêmes des militantes de la cause des femmes.
2.2. Portraits croisés
- Catherine, actrice : « Je connais Gérard depuis 30 ans. Il a toujours été respectueux avec moi. Je refuse de le juger sur des rumeurs. »
- Sophie, éditorialiste : « Je défends la présomption d’innocence. On ne peut pas condamner quelqu’un sans procès. »
- Fatou, militante associative : « Je comprends la colère des victimes, mais je refuse la logique du tribunal médiatique. »
- Léa, étudiante : « Je ne veux pas d’un féminisme qui exclut la nuance. On doit pouvoir débattre sans lyncher. »

2.3. Des motivations diverses
Le soutien à Depardieu n’est pas monolithique. Il repose sur des logiques variées : fidélité personnelle, défense des principes juridiques, rejet de l’hystérisation médiatique, attachement à une certaine idée de la culture française, ou même critique du féminisme « radical ».
3. Les paradoxes de la solidarité féminine
3.1. Sororité à géométrie variable
#MeToo a popularisé la notion de sororité : la solidarité entre femmes face au sexisme. Mais l’affaire Depardieu révèle ses limites. Peut-on être féministe et défendre un homme accusé de violences ? La sororité impose-t-elle une loyauté inconditionnelle ?
3.2. Le dilemme de la nuance
Certaines femmes revendiquent le droit à la nuance, à la prudence, voire au doute. Elles craignent que le féminisme devienne un dogme, où toute accusation équivaut à une condamnation.
« Je suis féministe, mais je refuse de croire sur parole sans preuve. La justice doit passer avant l’émotion », explique Sophie, 47 ans.
3.3. L’expérience personnelle comme boussole
Beaucoup de soutiens invoquent leur propre expérience : « Je n’ai jamais été victime », « Il a toujours été correct avec moi ». Cette subjectivité interroge la notion même de vérité collective et de justice pour les victimes.
4. La question de la présomption d’innocence
4.1. Un principe fondamental
La présomption d’innocence est un pilier du droit français. Pour beaucoup de femmes, la défense de ce principe n’est pas contradictoire avec la lutte contre les violences sexuelles.
« On ne peut pas demander la justice pour les femmes et piétiner celle des hommes », affirme Fatou.
4.2. Le procès médiatique
Le traitement médiatique des affaires de violences sexuelles est souvent jugé expéditif, sensationnaliste, voire injuste. Certaines femmes dénoncent la « dictature des réseaux sociaux » et le risque de voir des vies brisées sans procès équitable.

4.3. La peur de la fausse accusation
Même si les fausses accusations sont rares, la crainte d’une « dérive » est souvent évoquée : « Et si demain, c’était mon frère, mon fils, mon ami ? » Cette peur alimente la prudence, voire la défiance envers certaines accusations.
5. Les logiques culturelles et générationnelles
5.1. Un clivage générationnel
Le soutien à Depardieu révèle souvent un fossé entre générations. Les femmes plus âgées, attachées à une certaine culture « à la française », se montrent plus compréhensives envers l’acteur. Les plus jeunes, marquées par #MeToo, sont plus intransigeantes.
5.2. La défense de la culture
Pour certaines, Depardieu incarne une liberté de ton, une audace, une « grandeur » du cinéma français. Le défendre, c’est aussi défendre une vision de la culture menacée par le « politiquement correct ».
5.3. Le rejet du « féminisme punitif »
Certaines femmes s’inquiètent de voir le féminisme se transformer en instrument de censure, de vengeance ou de « puritanisme ». Elles revendiquent un féminisme pluraliste, ouvert au débat et à la contradiction.
6. Les débats et polémiques dans l’espace public
6.1. Les tribunes et contre-tribunes
L’affaire Depardieu a donné lieu à une multiplication de tribunes, pour ou contre l’acteur, pour ou contre #MeToo. Ces prises de position révèlent la diversité des sensibilités féminines et la difficulté à dégager un consensus.
6.2. Les réseaux sociaux, amplificateurs de tensions
Twitter, Facebook, Instagram : les débats y sont souvent plus violents, polarisés, caricaturaux. Les femmes qui soutiennent Depardieu sont parfois insultées, menacées, accusées de « trahison ».
6.3. Le malaise des institutions
Le monde du cinéma, de la politique, des médias hésite : faut-il continuer à inviter Depardieu ? Faut-il « séparer l’homme de l’artiste » ? Les réponses varient, et le malaise persiste.
7. Les voix discordantes au sein du féminisme
7.1. Un féminisme pluriel
L’affaire Depardieu met en lumière la diversité du mouvement féministe. Certaines militantes prônent la tolérance zéro, d’autres la nuance et le respect des procédures.
« Il n’y a pas un féminisme, mais des féminismes », rappelle la sociologue Camille Froidevaux-Metterie.
7.2. La peur de la division
Ces débats révèlent une crainte : celle de voir le mouvement féministe se diviser, perdre en efficacité ou en crédibilité. Mais ils témoignent aussi d’une vitalité démocratique, d’une capacité à se remettre en question.
7.3. La question du pardon et de la rédemption
Certaines femmes posent la question : peut-on pardonner ? Peut-on séparer l’homme de ses actes ? La société française peine à répondre, partagée entre exigence de justice et désir de réconciliation.
8. Témoignages et paroles de femmes
- Catherine, 62 ans, actrice : « Je ne cautionne pas les violences, mais je refuse le lynchage médiatique. Gérard a le droit à un procès équitable. »
- Emma, 25 ans, militante : « Je ne comprends pas qu’on puisse défendre un homme accusé par autant de femmes. La parole des victimes doit primer. »
- Sonia, 48 ans, journaliste : « Le débat est trop polarisé. On doit pouvoir douter, questionner, sans être accusée de trahison. »

9. Quelles leçons pour la société française ?
9.1. Une société en mutation
L’affaire Depardieu révèle une société en pleine mutation : plus sensible aux injustices, mais aussi plus divisée sur la manière d’y répondre. La libération de la parole a ouvert des brèches, mais aussi des fractures.
9.2. La nécessité du dialogue
Pour avancer, il faut accepter la complexité, la contradiction, la pluralité des points de vue. Le féminisme ne doit pas devenir un dogme, mais rester un espace de débat, d’écoute et de progrès.
9.3. Vers une nouvelle culture du consentement
Au-delà du cas Depardieu, c’est toute une culture du consentement, du respect et de la justice qui est à inventer. Les femmes – toutes les femmes – doivent pouvoir s’exprimer, être écoutées, mais aussi débattre et nuancer.
Conclusion
Le soutien de certaines femmes à Gérard Depardieu, loin d’être un simple paradoxe, révèle la richesse et la complexité des débats féministes en France. Il interroge la notion de solidarité, la place de la justice, le rapport à la culture et à la mémoire collective. À l’ère post-#MeToo, il n’y a pas de réponse simple, mais une nécessité : continuer à écouter toutes les voix, à défendre les droits des victimes, sans renoncer à la nuance et au dialogue.
BOBEA s’engage à donner la parole à toutes les femmes, dans leur diversité et leur pluralité, pour que le féminisme reste un mouvement vivant, inclusif et porteur d’espoir.