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La 69e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU s’est ouverte dans un climat de tension et d’urgence. Jamais, depuis une décennie, les droits des femmes n’avaient semblé aussi fragiles sur la scène internationale. Entre conflits, régressions législatives et montée des conservatismes, le bilan 2025 inquiète et mobilise. Décryptage d’un rendez-vous crucial et des enjeux pour la nouvelle génération de femmes.
Un contexte mondial sous pression
En 2025, la question des droits des femmes n’a jamais été autant au cœur de l’actualité internationale. De l’Afghanistan à l’Iran, en passant par certains pays d’Europe de l’Est et d’Afrique, les reculs sont nombreux : accès à l’éducation restreint, violences sexistes en hausse, lois limitant la liberté de disposer de son corps, entraves à la participation politique… Les chiffres présentés à la CSW69 sont sans appel : près de 1,2 milliard de femmes vivent aujourd’hui dans des pays où leurs droits fondamentaux sont menacés ou remis en cause.
La pandémie de COVID-19, puis les crises économiques et géopolitiques qui ont suivi, ont aggravé la situation. Beaucoup de gouvernements, sous prétexte d’urgence ou de stabilité, ont relégué les droits des femmes au second plan. Les ONG présentes à New York tirent la sonnette d’alarme : “Nous assistons à une vague de régressions sans précédent depuis vingt ans”, déclare la directrice de Human Rights Watch.
Des avancées menacées, des résistances qui s’organisent
Parmi les sujets les plus débattus lors de cette session :
- La recrudescence des violences domestiques et conjugales, notamment dans les zones de conflit.
- Les attaques contre le droit à l’avortement, y compris dans des pays occidentaux.
- Le recul de la représentation féminine dans les gouvernements et les entreprises.
- Les menaces sur la liberté d’expression et la sécurité des militantes.
Mais la CSW69, c’est aussi le théâtre d’une mobilisation sans précédent. Jeunes activistes, figures historiques du féminisme et responsables politiques multiplient les interventions et les campagnes. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé : hashtags, livestreams, pétitions mondiales permettent de fédérer une opinion publique internationale et de faire pression sur les décideurs.
Les nouveaux visages de la lutte
Si les figures historiques sont toujours présentes, la scène féministe mondiale se renouvelle. Des jeunes femmes venues d’Afrique, d’Amérique latine ou du Moyen-Orient prennent la parole et imposent leurs priorités : intersectionnalité, justice climatique, égalité numérique, accès à la santé reproductive. Leurs discours, souvent plus radicaux et inclusifs, bousculent les institutions et obligent l’ONU à revoir ses méthodes.
La question du numérique est centrale : cyberharcèlement, désinformation, contrôle des corps via les technologies. Les femmes demandent des lois internationales pour protéger leurs droits en ligne et hors ligne.

Des enjeux pour la France et l’Europe
La France, qui s’est longtemps voulue championne de l’égalité, doit faire face à ses propres défis : féminicides persistants, inégalités salariales, polémiques sur le port du voile ou la PMA. La délégation française à la CSW69 insiste sur la nécessité de défendre un modèle universaliste, mais doit composer avec les critiques sur le terrain.
L’Europe, quant à elle, s’inquiète de la montée des extrêmes et des attaques contre les droits des femmes dans certains États membres. La solidarité européenne est mise à l’épreuve, mais des initiatives communes voient le jour, notamment sur la lutte contre les violences et l’accès à l’éducation.
Conclusion : 2025, année de tous les dangers… et de tous les espoirs ?
La CSW69 restera comme un moment charnière : soit la communauté internationale parvient à enrayer la vague de régressions, soit elle assiste, impuissante, à un retour en arrière historique. Mais partout, des femmes se lèvent, s’organisent, innovent. Leur message est clair : “Nos droits ne sont pas négociables, et nous n’attendrons pas vingt ans de plus pour les obtenir.”