Introduction : L’affaire Weinstein, un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles
Le 25 avril 2025, la Cour d’appel de New York a annulé la condamnation pour viol de Harvey Weinstein, provoquant une onde de choc dans le monde entier. Cette décision marque un nouveau chapitre dans l’affaire qui a déclenché le mouvement #MeToo et relance le débat sur la justice pour les victimes de violences sexuelles.
Harvey Weinstein, ancien magnat d’Hollywood, avait été condamné en 2020 à 23 ans de prison pour viol et agression sexuelle. Sa chute, initiée par les révélations courageuses de nombreuses femmes, a symbolisé la fin de l’impunité pour les hommes puissants accusés d’abus sexuels.
Cependant, la Cour d’appel de New York a estimé que le juge du procès initial avait commis une erreur en autorisant des témoignages sur des allégations non liées directement aux charges retenues. Cette décision ne remet pas en cause la crédibilité des victimes, mais soulève des questions sur les procédures judiciaires dans les affaires de violences sexuelles.
Malgré ce revers, le mouvement #MeToo reste déterminé. Tarana Burke, sa fondatrice, affirme : “Nous sommes allés trop loin pour reculer maintenant.” Les défenseurs des droits des victimes appellent à un nouveau procès et à des réformes du système judiciaire pour mieux protéger les survivantes d’agressions sexuelles.
Ce dossier BOBEA examine en profondeur les implications de cette décision, l’évolution du mouvement #MeToo, et les défis qui persistent dans la lutte contre les violences sexuelles. Nous explorerons également les avancées réalisées depuis le début de l’affaire Weinstein et les perspectives d’avenir pour la justice et l’égalité des sexes.
I. Les origines de l’affaire Weinstein
A. Le parcours de Harvey Weinstein dans l’industrie du cinéma
Harvey Weinstein, né en 1952 à New York, a bâti un empire hollywoodien avec son frère Bob. Cofondateur de Miramax en 1979, puis de The Weinstein Company en 2005, il est devenu l’un des producteurs les plus puissants d’Hollywood. Connu pour son flair artistique et son agressivité dans les campagnes pour les Oscars, Weinstein a produit des films cultes comme “Pulp Fiction”, “Shakespeare in Love” et “Le Patient anglais”.

Son influence s’étendait bien au-delà du cinéma, touchant la politique et la mode. Weinstein était un donateur important du Parti démocrate et entretenait des relations avec des célébrités et des politiciens de premier plan. Cette position de pouvoir lui a permis de maintenir pendant des décennies un système d’abus et de silence.
B. Les premières accusations et enquêtes journalistiques
Le 5 octobre 2017, le New York Times publie une enquête explosive révélant que Weinstein avait conclu des accords financiers avec au moins huit femmes pour étouffer des accusations de harcèlement sexuel. Cinq jours plus tard, le New Yorker publie un article détaillant des allégations de viol et d’agression sexuelle contre Weinstein.
Ces enquêtes, menées par les journalistes Jodi Kantor, Megan Twohey et Ronan Farrow, sont le résultat de mois d’investigation et de dizaines d’entretiens avec des victimes, des employés et des proches de Weinstein. Elles ont brisé le mur de silence qui protégeait Weinstein depuis des années.
C. L’effet boule de neige : multiplication des témoignages
Suite à ces révélations, de nombreuses actrices célèbres comme Ashley Judd, Gwyneth Paltrow et Angelina Jolie ont publiquement accusé Weinstein de harcèlement sexuel. D’autres, comme Rose McGowan et Asia Argento, ont partagé des récits d’agressions sexuelles.
Le hashtag #MeToo, créé par l’activiste Tarana Burke en 2006, a été repris par l’actrice Alyssa Milano, déclenchant un mouvement mondial. Des millions de femmes ont partagé leurs expériences de harcèlement et d’agression sexuels, révélant l’ampleur du problème dans tous les secteurs de la société.
Cette vague de témoignages a eu un effet domino, entraînant la chute d’autres personnalités puissantes accusées d’abus sexuels dans divers domaines : médias, politique, sport et entreprises. L’affaire Weinstein est devenue le symbole d’un changement culturel profond dans la façon dont la société perçoit et traite les violences sexuelles.
Partie II : Le procès Weinstein : un tournant judiciaire
A. Les chefs d’accusation et le déroulement du procès
Le procès de Harvey Weinstein, ouvert le 6 janvier 2020 à New York, a marqué un moment historique dans la lutte contre les violences sexuelles. L’ancien magnat d’Hollywood faisait face à cinq chefs d’accusation principaux, notamment pour viol et agression sexuelle, basés sur les témoignages de deux femmes : Miriam Haley, une ancienne assistante de production, et Jessica Mann, une aspirante actrice. Ces accusations portaient sur des faits survenus respectivement en 2006 et 2013.
Pendant sept semaines, le tribunal a entendu des témoignages poignants, non seulement des plaignantes principales mais également d’autres femmes appelées à témoigner pour établir un schéma de comportement prédateur. Parmi elles figurait l’actrice Annabella Sciorra, qui a décrit une agression sexuelle remontant aux années 1990. Bien que son cas ne fasse pas partie des charges retenues, son témoignage visait à démontrer un comportement criminel récurrent de la part de Weinstein.
L’accusation a mis en avant des preuves accablantes : des courriels, des messages texte et des récits corroborés par plusieurs témoins. De plus, les procureurs ont souligné l’abus de pouvoir systématique exercé par Weinstein sur ses victimes, souvent jeunes et vulnérables, cherchant à percer dans l’industrie du cinéma.
La défense, menée par l’avocate Donna Rotunno, a tenté de discréditer les plaignantes en insistant sur la notion de consentement et en affirmant que les relations étaient mutuelles et consensuelles. Elle a également critiqué l’inclusion de témoignages concernant des faits non directement liés aux accusations principales, arguant que cela créait un préjugé injuste contre son client.
B. Les témoignages clés et les stratégies de la défense
Les témoignages des plaignantes ont été au cœur du procès. Miriam Haley a décrit comment Weinstein l’avait agressée sexuellement dans son appartement à SoHo en 2006 après avoir insisté pour qu’elle le rejoigne. Jessica Mann, quant à elle, a raconté un viol survenu dans une chambre d’hôtel en 2013. Toutes deux ont évoqué la manipulation psychologique exercée par Weinstein et la peur qui les avait empêchées de parler plus tôt.
D’autres femmes ont également pris la parole pour détailler leurs expériences traumatisantes avec Weinstein. Ces récits ont mis en lumière un schéma d’abus où Weinstein utilisait son pouvoir pour intimider ses victimes et les réduire au silence.
La défense a adopté une stratégie agressive visant à semer le doute sur la crédibilité des plaignantes. Elle a présenté des courriels échangés entre Weinstein et certaines victimes après les faits présumés pour suggérer que leurs relations étaient amicales ou consensuelles. Cette approche a suscité un débat plus large sur les dynamiques complexes entre victimes et agresseurs dans des contextes de pouvoir déséquilibré.
C. Le verdict et ses implications juridiques
Le 24 février 2020, Harvey Weinstein est reconnu coupable d’agression sexuelle au premier degré sur Miriam Haley et de viol au troisième degré sur Jessica Mann. Cependant, il est acquitté des charges les plus graves, notamment celle de “comportement prédateur”, qui aurait pu entraîner une peine plus lourde.
Le verdict est salué comme une victoire majeure pour le mouvement #MeToo. C’est la première fois qu’un homme aussi puissant est condamné dans l’ère post-MeToo grâce aux témoignages publics de ses victimes. Le juge James Burke motive sa décision par la gravité des crimes commis par Weinstein, son absence totale de remords et la nécessité d’envoyer un message dissuasif.
Le 11 mars 2020, Weinstein est condamné à 23 ans de prison. Cette peine exemplaire est perçue comme une avancée significative dans la reconnaissance judiciaire des violences sexuelles et un signal fort envoyé aux agresseurs potentiels.
Cependant, cette condamnation n’est pas sans controverse. En 2023, la Cour d’appel de New York annule cette décision en raison d’erreurs procédurales lors du procès initial. La Cour estime que certains témoignages relatifs à des faits non directement liés aux accusations principales avaient été admis “de manière erronée”, créant un préjudice contre l’accusé. Cette annulation relance le débat sur les défis juridiques liés aux affaires de violences sexuelles.
Un tournant judiciaire pour l’ère #MeToo
Le procès Weinstein n’a pas seulement été un événement judiciaire ; il a également marqué un tournant culturel et sociétal majeur. Il a mis en lumière les failles du système judiciaire dans le traitement des affaires de violences sexuelles tout en ouvrant la voie à une réflexion plus large sur le consentement, le pouvoir et la justice.

Les implications juridiques du procès sont nombreuses :
- Reconnaissance des schémas comportementaux : L’utilisation de témoignages visant à établir un schéma criminel récurrent reste controversée mais essentielle dans ce type d’affaires.
- Protection des victimes : Le procès a mis en évidence la nécessité de protéger davantage les victimes contre l’intimidation et les tactiques visant à discréditer leur parole.
- Réformes judiciaires : L’affaire Weinstein a accéléré les discussions sur les réformes nécessaires pour garantir que les procès pour violences sexuelles soient équitables tout en tenant compte des dynamiques spécifiques liées à ces crimes.
En conclusion, le procès Harvey Weinstein représente bien plus qu’une affaire individuelle : il symbolise une prise de conscience collective sur les violences sexuelles systémiques et l’impunité dont jouissent souvent les hommes puissants. Si ce procès a marqué une avancée importante pour le mouvement #MeToo, il souligne également les défis persistants dans la quête d’une justice véritablement équitable pour toutes les victimes.
III. L’impact du procès sur le mouvement #MeToo
A. La mobilisation mondiale contre le harcèlement sexuel
Le procès Weinstein a catalysé une mobilisation sans précédent contre le harcèlement sexuel à l’échelle mondiale. Le mouvement #MeToo, initialement lancé par Tarana Burke en 2006, a connu une résurgence explosive suite aux révélations sur Weinstein.
- Amplification des voix des victimes :
- Des millions de femmes, et certains hommes, ont partagé leurs expériences de harcèlement et d’agression sexuels sur les réseaux sociaux.
- Cette vague de témoignages a révélé l’ampleur systémique du problème dans tous les secteurs de la société.
- Manifestations et actions collectives :
- Des marches et rassemblements #MeToo ont eu lieu dans de nombreuses villes à travers le monde.
- Des collectifs et associations de soutien aux victimes ont vu leur nombre d’adhérents et leurs ressources augmenter significativement.
- Pression sur les institutions :
- Les gouvernements et les entreprises ont été contraints de revoir leurs politiques en matière de harcèlement sexuel.
- De nombreuses organisations ont mis en place des formations obligatoires sur le consentement et le respect en milieu professionnel.
B. Les changements dans l’industrie du divertissement
L’industrie du cinéma et du divertissement, épicentre de l’affaire Weinstein, a connu des bouleversements majeurs :
- Création de l’initiative Time’s Up :
- Lancée par des célébrités hollywoodiennes, cette organisation lutte contre le harcèlement sexuel et promeut l’égalité sur le lieu de travail.
- Un fonds de défense juridique a été créé pour aider les victimes à poursuivre leurs agresseurs en justice.
- Révision des pratiques de l’industrie :
- Les “clauses Weinstein”, interdisant le harcèlement sexuel, sont devenues courantes dans les contrats.
- Des coordinateurs d’intimité sont désormais présents sur de nombreux plateaux pour superviser les scènes de nudité et de sexe.
- Représentation et diversité :
- Une pression accrue pour une meilleure représentation des femmes et des minorités devant et derrière la caméra.
- Certains festivals de cinéma ont instauré des quotas de parité dans leurs sélections officielles.

C. L’évolution des mentalités et du dialogue sur le consentement
Le procès Weinstein a provoqué une remise en question profonde des normes sociales et des comportements acceptables :
- Redéfinition du consentement :
- Le concept de consentement enthousiaste (“enthusiastic consent”) gagne du terrain.
- Les discussions sur les dynamiques de pouvoir et leur influence sur le consentement se sont multipliées.
- Éducation et sensibilisation :
- De nombreuses écoles et universités ont renforcé leurs programmes d’éducation sexuelle et de prévention des violences.
- Les médias ont joué un rôle crucial dans la diffusion d’informations sur le consentement et les comportements abusifs.
- Remise en question des masculinités toxiques :
- Le mouvement a encouragé une réflexion sur les comportements masculins problématiques et la culture du “boys club”.
- Des initiatives comme “MenEngage” promeuvent une masculinité positive et l’engagement des hommes dans la lutte contre les violences sexuelles.
- Évolution du langage :
- De nouveaux termes comme “mansplaining” ou “gaslighting” sont entrés dans le vocabulaire courant, permettant de nommer et donc de mieux identifier certains comportements problématiques.
- Impact sur les relations interpersonnelles :
- Les discussions sur le consentement et les limites sont devenues plus fréquentes dans les couples et les groupes d’amis.
- Une vigilance accrue face aux comportements inappropriés dans les espaces publics et privés.
D. Les répercussions internationales du mouvement
Le mouvement #MeToo, né aux États-Unis, a eu des répercussions dans le monde entier, s’adaptant aux contextes culturels locaux :
- En France : #BalanceTonPorc
- Ce mouvement a conduit à un renforcement des lois contre le harcèlement de rue et à une augmentation des plaintes pour agressions sexuelles.
- En Inde : #MeTooIndia
- Des accusations contre des personnalités influentes ont secoué Bollywood et le monde politique indien.
- Des réformes législatives ont été initiées pour mieux protéger les femmes sur leur lieu de travail.
- En Chine : #WoYeShi
- Malgré la censure, le mouvement a permis de briser certains tabous autour des violences sexuelles.
- Des universitaires et des personnalités publiques ont été mises en cause, provoquant un débat national.
- Au Japon : #KuToo
- Inspiré par #MeToo, ce mouvement s’est concentré sur la lutte contre les normes sexistes en entreprise, notamment l’obligation de porter des talons hauts au travail.
E. L’impact sur les politiques publiques
Le mouvement #MeToo a influencé l’élaboration de nouvelles lois et politiques :
- Aux États-Unis :
- Plusieurs États ont prolongé les délais de prescription pour les crimes sexuels.
- Le Congrès a adopté une loi interdisant l’arbitrage forcé dans les cas de harcèlement sexuel au travail.
- En Europe :
- L’Union Européenne a renforcé ses directives sur la lutte contre le harcèlement sexuel au travail.
- Plusieurs pays ont introduit des lois sur le consentement, définissant le viol comme tout acte sexuel non consenti.
- À l’échelle internationale :
- L’Organisation Internationale du Travail a adopté en 2019 la première convention mondiale sur la violence et le harcèlement au travail.
En conclusion, l’impact du procès Weinstein sur le mouvement #MeToo a été profond et multidimensionnel. Il a non seulement donné une voix aux victimes de violences sexuelles, mais a également provoqué des changements concrets dans les industries, les politiques publiques et les mentalités à l’échelle mondiale. Bien que des défis persistent, le mouvement a indéniablement marqué un tournant dans la lutte contre le harcèlement sexuel et pour l’égalité des genres.
IV. Les défis et controverses post-Weinstein
A. La question de la présomption d’innocence
Le mouvement #MeToo a soulevé des débats importants sur l’équilibre entre la protection des victimes et le respect de la présomption d’innocence. L’annulation de la condamnation de Weinstein à New York en 2024 a relancé ces discussions.

- Tensions entre justice médiatique et justice légale :
- Les dénonciations publiques sur les réseaux sociaux ont parfois précédé les procédures judiciaires.
- Certains accusés ont dénoncé un “tribunal de l’opinion publique” les condamnant avant tout procès.
- Évolution des procédures judiciaires :
- Débats sur l’admissibilité des témoignages multiples pour établir un schéma comportemental.
- Réflexions sur la protection de l’anonymat des accusés jusqu’au verdict.
B. Les limites du mouvement #MeToo
Malgré son impact considérable, le mouvement a montré certaines limites :
- Inégalités dans la prise de parole :
- Le mouvement a principalement bénéficié aux femmes blanches, éduquées et issues de milieux favorisés.
- Les femmes de milieux défavorisés ou ruraux ont parfois craint de s’exprimer par peur de représailles professionnelles ou sociales2.
- Risques de backlash :
- Émergence d’actions en diffamation contre certaines accusatrices.
- Craintes d’un “retour de bâton” limitant les interactions professionnelles hommes-femmes.
- Difficultés de traduction judiciaire :
- Beaucoup de dénonciations sur les réseaux sociaux n’ont pas abouti à des poursuites judiciaires, faute de preuves ou de précisions.
C. La “cancel culture” et ses critiques
Le phénomène de “cancel culture”, associé au mouvement #MeToo, a suscité de vives controverses :
- Définition et manifestations :
- Boycott social et professionnel de personnalités accusées de comportements répréhensibles.
- Pression sur les entreprises et institutions pour se dissocier des accusés.
- Débats éthiques :
- Questions sur la proportionnalité des conséquences par rapport aux actes reprochés.
- Discussions sur le droit à la rédemption et à la réinsertion des accusés.
- Impacts sur la liberté d’expression :
- Craintes d’une autocensure généralisée par peur d’être “cancelled”.
- Débats sur les limites entre sensibilisation légitime et intimidation.
D. Les défis persistants dans la lutte contre les violences sexuelles
Malgré les avancées, de nombreux obstacles demeurent :
- Insuffisances dans la mise en œuvre du droit :
- Manque de moyens pour traiter efficacement l’augmentation des plaintes.
- Besoin de formation accrue des professionnels de justice sur les violences sexuelles3.
- Persistance de stéréotypes :
- Difficultés à faire évoluer certaines mentalités, notamment sur la notion de consentement.
- Stigmatisation persistante des victimes dans certains milieux.
- Enjeux intersectionnels :
- Nécessité de prendre en compte les spécificités des violences subies par les femmes racisées, LGBTQ+, ou en situation de handicap.
- Défis économiques et sociaux :
- Besoin de soutien financier et logistique pour les victimes souhaitant porter plainte.
- Importance de l’indépendance économique des femmes pour faciliter les dénonciations.
En conclusion, si le mouvement #MeToo a indéniablement marqué un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles, il a également mis en lumière la complexité des enjeux juridiques, sociaux et éthiques liés à cette problématique. Les années post-Weinstein ont vu émerger de nouveaux défis, appelant à une réflexion continue et à des actions concertées pour faire évoluer durablement les mentalités et les pratiques.
V. L’héritage du procès Weinstein en 2025
A. Les avancées législatives et institutionnelles
Le procès Weinstein a marqué un tournant dans la manière dont les violences sexuelles sont abordées sur le plan légal et institutionnel. Depuis 2020, plusieurs réformes ont été mises en place pour mieux protéger les victimes et responsabiliser les agresseurs.
- Renforcement des lois sur le consentement :
- Aux États-Unis, plusieurs États ont adopté des lois redéfinissant le viol comme tout acte sexuel non consenti, sans nécessité de prouver une résistance physique.
- En Europe, des pays comme la Suède et l’Espagne ont introduit des législations basées sur le principe du consentement explicite.
- Prolongation des délais de prescription :
- De nombreux pays ont étendu les délais pour permettre aux victimes de porter plainte plusieurs années après les faits, reconnaissant les traumatismes durables liés aux violences sexuelles.

- Création de fonds de soutien aux victimes :
- Des fonds publics et privés ont été mis en place pour offrir une aide juridique, psychologique et financière aux survivants.
- L’initiative Time’s Up Legal Defense Fund a permis à des milliers de victimes de bénéficier d’un soutien judiciaire gratuit ou à coût réduit.
- Formation obligatoire dans les entreprises et institutions :
- Les formations sur le consentement et la prévention du harcèlement sont devenues obligatoires dans de nombreuses entreprises, écoles et universités.
B. La transformation durable des relations de pouvoir
Le procès Weinstein a également mis en lumière les dynamiques de pouvoir qui favorisent les abus sexuels, entraînant une réflexion globale sur la manière dont ces relations sont structurées.
- Changement dans les industries dominées par les hommes :
- Dans l’industrie du cinéma, mais aussi dans la politique, le sport et les affaires, on observe une augmentation significative du nombre de femmes occupant des postes de direction.
- Des quotas de parité ont été instaurés dans certains secteurs pour garantir une représentation équitable.
- Reconfiguration des normes sociales :
- Les comportements autrefois tolérés ou minimisés (comme les blagues sexistes ou les avances insistantes) sont désormais dénoncés et sanctionnés plus systématiquement.
- Une prise de conscience collective sur l’importance du respect mutuel dans toutes les interactions sociales s’est développée.
- Émergence d’une culture d’écoute et de soutien :
- Les victimes sont davantage encouragées à parler grâce à un environnement social plus favorable à leur parole.
- Les organisations communautaires jouent un rôle clé dans la création d’espaces sûrs pour discuter des violences sexuelles.

C. Les nouveaux défis à relever
Malgré ces avancées, l’héritage du procès Weinstein reste incomplet, avec plusieurs défis persistants :
- La lutte contre les backlashs :
- Le mouvement #MeToo continue de faire face à des critiques, notamment celles qui accusent le mouvement d’exagérer ses revendications ou de nuire aux relations hommes-femmes.
- Certains accusés tentent de se repositionner publiquement en mettant en avant leur réhabilitation personnelle.
- Le décalage entre discours et pratiques :
- Bien que la prise de conscience soit réelle, beaucoup dénoncent un manque d’application concrète des principes défendus par #MeToo dans certains secteurs ou pays.
- En France par exemple, malgré une révolution morale, la mise en œuvre d’une politique nationale efficace contre les violences sexuelles reste insuffisante7.
- La question intersectionnelle :
- Le mouvement #MeToo a été critiqué pour sa focalisation sur les femmes blanches privilégiées, laissant parfois en marge les femmes racisées, LGBTQ+ ou issues de milieux défavorisés.
- Des initiatives spécifiques doivent être développées pour inclure ces groupes marginalisés dans la lutte contre les violences sexuelles.
- L’éducation des nouvelles générations :
- Intégrer l’éducation au consentement dès le plus jeune âge est essentiel pour prévenir les comportements abusifs futurs.
- Les écoles doivent jouer un rôle central dans cette sensibilisation.
D. Vers une justice réparatrice
L’héritage du procès Weinstein a également ouvert la voie à des discussions sur la justice réparatrice comme alternative au système judiciaire traditionnel :
- Reconnaissance des traumatismes :
- La justice réparatrice met l’accent sur l’écoute active des victimes et la reconnaissance publique des torts subis.
- Implication communautaire :
- Elle favorise une approche collective où la communauté joue un rôle actif dans la réhabilitation des victimes et la responsabilisation des agresseurs.
- Réhabilitation équilibrée des accusés :
- Elle offre aux agresseurs repentis une voie vers la réintégration sociale tout en garantissant que leurs actes soient pleinement reconnus et assumés.
Conclusion
En 2025, l’héritage du procès Weinstein continue d’influencer profondément notre société. Il a permis d’amorcer des changements législatifs et sociaux majeurs tout en mettant en lumière les défis persistants liés aux violences sexuelles systémiques.
Si le mouvement #MeToo a réussi à transformer notre perception collective des violences sexuelles, il reste encore beaucoup à faire pour garantir une justice véritablement équitable et inclusive pour toutes les victimes. L’affaire Weinstein rappelle que chaque progrès nécessite une vigilance constante et une mobilisation continue afin que cette révolution culturelle ne soit pas seulement un moment viral mais bien un changement structurel durable.
BOBEA conclut ce dossier avec un appel à poursuivre ce travail collectif pour construire un monde où le respect mutuel est la norme absolue et où aucune victime n’aura plus jamais peur de prendre la parole.
Conclusion : Le procès Weinstein, un tournant historique dans la lutte contre les violences sexuelles
Le procès d’Harvey Weinstein et le mouvement #MeToo qui en a découlé ont indéniablement marqué un tournant historique dans la lutte contre les violences sexuelles. Cinq ans après, leur impact continue de se faire sentir dans tous les aspects de notre société.
Points clés à retenir :
- Une prise de conscience collective sans précédent sur l’ampleur des violences sexuelles.
- Des avancées législatives majeures pour mieux protéger les victimes et punir les agresseurs.
- Une transformation des relations de pouvoir, notamment dans les industries dominées par les hommes.
- L’émergence de nouveaux défis, comme la lutte contre les backlashs et la nécessité d’une approche plus intersectionnelle.
- L’ouverture de discussions sur des formes alternatives de justice, comme la justice réparatrice.
Malgré ces progrès, le chemin vers une société véritablement égalitaire et exempte de violences sexuelles reste long. L’héritage du procès Weinstein nous rappelle que chaque avancée nécessite une vigilance constante et un engagement continu.
BOBEA s’engage à poursuivre ce combat en informant, sensibilisant et mobilisant ses lectrices. Ensemble, continuons à briser le silence, à soutenir les victimes et à construire un monde où le respect et l’égalité sont la norme pour tous.