- Introduction
L’excision, également connue sous le nom de mutilation génitale féminine (MGF), demeure en 2025 l’un des défis les plus pressants en matière de droits humains et de santé publique. Cette pratique ancestrale, qui consiste en l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins pour des raisons non médicales, touche encore des millions de femmes et de filles à travers le monde.
Malgré les efforts concertés de la communauté internationale, des gouvernements et des organisations de la société civile, l’excision persiste dans de nombreuses régions, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et dans certaines parties de l’Asie. Selon les dernières estimations de l’OMS, environ 200 millions de femmes et de filles vivantes aujourd’hui ont subi une forme de MGF.
En 2025, les enjeux autour de l’excision se sont complexifiés. Si des progrès significatifs ont été réalisés dans certains pays, de nouveaux défis émergent, tels que la médicalisation de la pratique et son déplacement vers des zones urbaines. Ce dossier spécial vise à explorer en profondeur les multiples facettes de cette problématique, de ses racines culturelles à ses implications sanitaires, en passant par les stratégies mises en œuvre pour y mettre fin.
II. Contexte historique et culturel
L’excision est une pratique dont les origines remontent à l’Antiquité. Des traces de cette coutume ont été retrouvées dans des momies égyptiennes datant de plus de 2000 ans avant J.-C. Cependant, son origine exacte reste incertaine et fait l’objet de débats parmi les historiens et les anthropologues.
Contrairement à une idée reçue, l’excision n’est pas liée à une religion spécifique. Elle est pratiquée par des communautés de diverses confessions, y compris musulmanes, chrétiennes et animistes. Sa répartition géographique actuelle est principalement concentrée dans 30 pays d’Afrique, ainsi que dans certaines régions du Moyen-Orient et de l’Asie. Des cas sont également recensés dans des communautés immigrées en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.

Les motivations derrière l’excision sont complexes et varient selon les cultures. Parmi les raisons fréquemment invoquées, on trouve :
- Le contrôle de la sexualité féminine : Dans certaines sociétés, l’excision est perçue comme un moyen de préserver la virginité avant le mariage et de garantir la fidélité conjugale.
- L’initiation à l’âge adulte : L’excision est souvent considérée comme un rite de passage marquant la transition de la fille vers le statut de femme.
- La notion de pureté : Certaines communautés considèrent les organes génitaux féminins comme impurs ou laids, et leur ablation comme une forme de purification.
- La pression sociale : Dans les sociétés où l’excision est la norme, ne pas être excisée peut entraîner la stigmatisation et l’exclusion sociale.
- Les croyances sur la fertilité : Certains groupes croient, à tort, que l’excision augmente la fertilité ou facilite l’accouchement.
Il est important de noter que ces justifications culturelles sont profondément ancrées et souvent perpétuées par les femmes elles-mêmes, qui voient dans cette pratique un moyen de protéger leurs filles et de leur assurer une place dans la société.
Dr. Amina Farah, anthropologue spécialisée dans les pratiques culturelles africaines, explique : “L’excision est un phénomène complexe qui ne peut être réduit à une simple ‘tradition barbare’. Pour beaucoup de communautés, elle fait partie intégrante de leur identité culturelle. Comprendre ces motivations profondes est essentiel pour élaborer des stratégies efficaces visant à mettre fin à cette pratique.”
En 2025, bien que la pratique soit en recul dans de nombreuses régions grâce aux efforts de sensibilisation et aux changements législatifs, elle persiste dans certaines communautés, parfois sous des formes modifiées ou clandestines. Cette persistance souligne la nécessité d’une approche nuancée et culturellement sensible dans la lutte contre l’excision.
III. Les différents types d’excision
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a établi une classification des mutilations génitales féminines en quatre types principaux :
Type I : Ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce (clitoridectomie).
Type II : Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (excision).
Type III : Rétrécissement de l’orifice vaginal avec recouvrement par l’ablation et l’accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation).

Type IV : Toutes les autres interventions nocives pratiquées sur les organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques, comme la ponction, le percement, l’incision, la scarification et la cautérisation.
La prévalence de chaque type varie selon les régions et les communautés. Le type III, considéré comme le plus sévère, est principalement pratiqué dans certaines régions d’Afrique de l’Est.
IV. Conséquences sur la santé
Les mutilations génitales féminines ont des conséquences graves et durables sur la santé des femmes et des filles.
Complications immédiates :
- Douleurs intenses
- Hémorragies pouvant être fatales
- Infections, y compris le tétanos et la septicémie
- Rétention urinaire
- Lésions des tissus adjacents
Effets à long terme :
- Infections urinaires récurrentes
- Kystes et abcès
- Problèmes menstruels
- Complications lors de l’accouchement, augmentant les risques de mortalité maternelle et néonatale
- Stérilité
- Douleurs chroniques
- Difficultés lors des rapports sexuels

Impact psychologique :
- Traumatisme post-traumatique
- Dépression
- Anxiété
- Perte de confiance en soi
Une étude menée au CHU de Ouagadougou a montré que les femmes excisées ont un risque 9 fois plus élevé d’avoir une expulsion prolongée (plus de 30 minutes) lors de l’accouchement par rapport aux femmes non excisées. De plus, les déchirures périnéales sont presque deux fois plus fréquentes chez les femmes excisées3.
La souffrance néonatale est également plus élevée chez les nouveau-nés de mères excisées, avec un risque relatif de 5,183. Ces données soulignent l’impact significatif de l’excision sur la santé maternelle et fœtale.
V. Cadre juridique et législatif
La lutte contre l’excision s’est considérablement renforcée sur le plan juridique au cours des dernières décennies. En 2025, la plupart des pays où l’excision est pratiquée ont adopté des lois l’interdisant.
Lois internationales
Au niveau international, plusieurs conventions et traités condamnent l’excision :
- La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW)
- La Convention relative aux droits de l’enfant
- La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté en 2012 une résolution appelant à l’interdiction mondiale des mutilations génitales féminines.
Évolution des législations nationales
En Afrique, 28 pays ont désormais des lois spécifiques contre l’excision. Le Soudan, qui présentait l’un des taux les plus élevés de MGF, a criminalisé la pratique en 2020, marquant un tournant historique.
En Europe et en Amérique du Nord, la pratique est interdite, y compris pour les ressortissants qui feraient exciser leurs filles à l’étranger.
Défis dans l’application des lois
Malgré ces avancées législatives, l’application des lois reste un défi majeur. Les obstacles incluent :

- La persistance de la pratique dans la clandestinité
- Le manque de ressources pour faire appliquer les lois
- La réticence des communautés à dénoncer les cas
- La difficulté de poursuivre les cas transfrontaliers
Maître Fatou Bensouda, ancienne procureure de la Cour pénale internationale, souligne : “Ces avancées législatives sont cruciales, mais elles doivent s’accompagner d’une application rigoureuse de la loi et d’un changement des mentalités au niveau communautaire.”
VI. Stratégies de lutte contre l’excision
La lutte contre l’excision nécessite une approche multidimensionnelle, combinant éducation, sensibilisation et alternatives économiques.
Programmes d’éducation et de sensibilisation
Les campagnes d’éducation visent à informer sur les dangers de l’excision et à déconstruire les mythes qui l’entourent. Ces programmes ciblent divers groupes :
- Les écoles : intégration de modules sur les MGF dans les programmes scolaires
- Les communautés : sessions de sensibilisation dans les villages
- Les professionnels de santé : formation sur la prise en charge des complications
L’UNICEF rapporte que ces programmes ont contribué à une baisse de 30% de la prévalence de l’excision chez les filles de moins de 15 ans dans les pays à haut risque entre 2020 et 2025.
Implication des leaders communautaires et religieux
L’engagement des chefs traditionnels et religieux est crucial pour changer les mentalités. De nombreux imams et prêtres s’élèvent désormais contre cette pratique, démontrant qu’elle n’a pas de fondement religieux.
Au Sénégal, l’initiative “Tostan” a permis à plus de 8000 communautés de renoncer publiquement à l’excision grâce à l’implication des leaders locaux.
Alternatives économiques pour les exciseuses
Offrir des alternatives économiques aux exciseuses traditionnelles est une stratégie clé. Des programmes de reconversion professionnelle leur permettent d’acquérir de nouvelles compétences dans des domaines comme la couture, l’agriculture ou le petit commerce.
Au Kenya, le programme “Umoja” a formé plus de 300 anciennes exciseuses à devenir des agents de santé communautaire, transformant ainsi leur rôle au sein de leurs communautés.
Rôle des ONG et des organisations internationales
Les ONG jouent un rôle crucial dans la lutte contre l’excision :
- Financement de programmes locaux
- Plaidoyer auprès des gouvernements
- Soutien aux survivantes
L’ONG “Desert Flower Foundation”, fondée par la mannequin Waris Dirie, a ouvert des centres de soins spécialisés dans plusieurs pays africains, offrant des chirurgies réparatrices et un soutien psychologique aux femmes excisées.
Les organisations internationales comme l’OMS, l’UNICEF et le FNUAP coordonnent les efforts mondiaux à travers le Programme conjoint sur les mutilations génitales féminines/excision.
Ces stratégies multiples et complémentaires commencent à porter leurs fruits, mais la route vers l’éradication totale de l’excision reste longue. La clé du succès réside dans une approche holistique, respectueuse des cultures locales tout en promouvant les droits humains fondamentaux.
VII. Le phénomène de médicalisation
La médicalisation de l’excision, où des professionnels de santé pratiquent l’acte dans des conditions supposément plus sûres, est un phénomène préoccupant qui a émergé ces dernières années. Cette tendance soulève de sérieux débats éthiques au sein de la communauté médicale et des organisations de lutte contre l’excision.
Définition et ampleur :
- La médicalisation implique la pratique de l’excision par des professionnels de santé formés, souvent dans des établissements médicaux.
- Selon les dernières estimations, environ 25% des cas d’excision sont désormais pratiqués par des professionnels de santé dans certains pays.

Débats éthiques :
- Les partisans arguent que cela réduit les risques immédiats pour la santé des filles.
- Les opposants soulignent que cela légitime une pratique néfaste et viole l’éthique médicale.
Positions des organisations de santé :
- L’OMS condamne fermement la médicalisation de l’excision, la considérant comme une violation des droits humains.
- De nombreuses associations médicales nationales ont pris position contre cette pratique, appelant à des sanctions pour les professionnels impliqués.
VIII. Témoignages et histoires personnelles (500 mots)
Les témoignages de survivantes, de militantes et de professionnels de santé offrent un éclairage puissant sur la réalité de l’excision et ses conséquences.
Récit de Fatou, 28 ans, survivante :
“J’avais 7 ans quand ça s’est passé. Je me souviens de la douleur, de la peur. Aujourd’hui encore, je vis avec les séquelles physiques et psychologiques. Mais j’ai décidé de parler pour que d’autres filles soient épargnées.”
Expérience d’Aminata, militante anti-excision :
“Chaque jour, nous luttons contre des croyances profondément ancrées. Mais petit à petit, nous voyons des changements. Des familles entières renoncent à la pratique. C’est un combat de longue haleine, mais nous ne baisserons pas les bras.”

Témoignage du Dr. Konaté, gynécologue :
“Je vois régulièrement les conséquences dévastatrices de l’excision. Des infections graves, des complications lors de l’accouchement. C’est pourquoi j’ai décidé de m’engager activement dans la sensibilisation au sein de ma communauté.”
Ces témoignages illustrent la complexité du problème et l’importance d’une approche multidimensionnelle dans la lutte contre l’excision.
IX. Innovations technologiques dans la lutte
La technologie joue un rôle croissant dans la lutte contre l’excision, offrant de nouveaux outils pour la prévention, la sensibilisation et le soutien aux survivantes.
Applications mobiles de signalement :
- L’application “SafeGirl”, lancée en 2023, permet aux jeunes filles menacées d’excision de signaler leur situation et d’obtenir de l’aide rapidement. En 2025, elle a déjà permis de sauver plus de 5000 filles en Afrique de l’Est.
- “AlertExcision”, développée au Burkina Faso, met en relation les autorités, les travailleurs sociaux et les communautés pour prévenir les cas d’excision.
Plateformes d’éducation en ligne :

- Des MOOC (Massive Open Online Courses) sur les droits des femmes et la santé reproductive touchent un public plus large, y compris dans les zones reculées.
- Des simulateurs de réalité virtuelle sont utilisés pour former les professionnels de santé à la prise en charge des complications liées à l’excision.
Utilisation des médias sociaux :
- Des campagnes virales sur TikTok et Instagram, menées par de jeunes influenceurs africains, contribuent à changer les perceptions sur l’excision auprès des nouvelles générations.
- Des groupes de soutien en ligne offrent un espace sûr aux survivantes pour partager leurs expériences et trouver de l’aide.
X. Progrès et défis persistants
Malgré des avancées significatives, la lutte contre l’excision fait face à des défis persistants en 2025.
Statistiques récentes :
- Selon l’UNICEF, la prévalence de l’excision chez les filles de moins de 15 ans a diminué de 30% dans les pays à haut risque depuis 2020.
- Cependant, en raison de la croissance démographique, le nombre absolu de filles à risque pourrait augmenter si les efforts ne sont pas intensifiés.

Régions où la pratique persiste :
- Certaines zones rurales isolées en Afrique subsaharienne restent des bastions de résistance.
- Des poches de pratique persistent dans des communautés immigrées en Europe et en Amérique du Nord, malgré l’interdiction légale.
Nouveaux enjeux émergents :
- La médicalisation de l’excision pose un défi éthique et complique les efforts d’éradication.
- Les conflits et les déplacements de population dans certaines régions d’Afrique ont perturbé les programmes de lutte contre l’excision.
- L’émergence de formes “symboliques” d’excision, moins invasives physiquement mais perpétuant la tradition, soulève de nouvelles questions.
Dr. Amina Farah, anthropologue, commente : “Nous avons fait des progrès remarquables, mais il ne faut pas baisser la garde. Les normes sociales évoluent lentement, et nous devons continuer à adapter nos stratégies aux réalités changeantes sur le terrain.”
XI. Perspectives d’avenir
L’avenir de la lutte contre l’excision s’annonce à la fois prometteur et complexe. Les projections pour les prochaines années indiquent :
- Une accélération du déclin de la pratique dans la plupart des pays, grâce à l’effet cumulatif des efforts de sensibilisation et des changements législatifs.
- Une intégration plus poussée de la lutte contre l’excision dans les objectifs de développement durable, notamment ceux liés à l’égalité des sexes et à la santé.
- Le développement de nouvelles technologies pour la prévention et le soutien, comme l’intelligence artificielle pour prédire les zones à risque.

Dr. Nadia Youssef, sociologue à l’Université du Caire, prévoit : “D’ici 2030, nous pourrions voir l’éradication complète de l’excision dans plusieurs pays pionniers. Cela créera un effet domino dans la région.”
Cependant, des défis persistent, notamment dans les zones de conflit et les communautés les plus isolées. L’engagement continu de la communauté internationale et des gouvernements locaux sera crucial pour atteindre l’objectif d’élimination totale de l’excision.
Conclusion : Le Point du Jour — L’excision en question
Ce dossier spécial “Le Point du Jour” sur l’excision avait pour objectif de faire le point sur cette question brûlante qui touche des millions de femmes dans le monde. Sans porter de jugement hâtif, notre ambition était d’examiner cette pratique sous différents angles, de démêler le vrai du faux, et de questionner les idées reçues qui l’entourent.
L’excision reste un sujet complexe et sensible, profondément ancré dans certaines cultures. Nos recherches ont révélé que cette pratique touche environ 200 millions de femmes dans le monde, dont 125 000 en France . Malgré les efforts déployés, le nombre de victimes pourrait doubler d’ici 20502, ce qui souligne l’urgence d’agir.
Nous avons exploré les origines de cette tradition, ses justifications culturelles, et ses conséquences dévastatrices sur la santé physique et mentale des femmes. Il est crucial de comprendre que l’excision n’a aucun fondement médical et qu’elle viole les droits fondamentaux des femmes et des filles.
Notre enquête a également mis en lumière les efforts de prévention et de prise en charge des victimes. Des initiatives comme la chirurgie réparatrice offrent un espoir de reconstruction pour les femmes excisées . Cependant, la lutte contre l’excision ne se limite pas à l’aspect médical. Elle nécessite une approche globale, incluant l’éducation, la sensibilisation et le changement des mentalités.
Le journal BOBEA.net s’efforce toujours de présenter des informations équilibrées, sans tomber dans le jugement moral. Notre objectif est de susciter la réflexion et le dialogue sur des sujets de société cruciaux. L’excision est l’un de ces sujets qui méritent une attention particulière et une discussion ouverte.
Dans nos prochains dossiers “Le Point du Jour”, nous continuerons d’aborder des problématiques brûlantes qui concernent la vie des femmes. Notre mission est d’informer, de questionner et d’encourager le débat sur des sujets parfois difficiles mais essentiels pour l’avancement de notre société.
L’excision reste un défi majeur pour les droits des femmes et la santé publique mondiale. En tant que média, notre rôle est de maintenir ce sujet dans le débat public, de donner la parole aux expertes et aux survivantes, et de suivre les progrès réalisés dans la lutte contre cette pratique.
Nous espérons que ce dossier aura contribué à une meilleure compréhension de cet enjeu complexe et encouragera nos lecteurs à s’engager dans cette cause importante.