Rosario, troisième ville d’Argentine avec près de 1,3 million d’habitants, est devenue le théâtre d’une expérimentation sécuritaire sans précédent. Surnommée la “capitale du narco” du pays, cette ville portuaire stratégique située à 300 km au nord-ouest de Buenos Aires fait l’objet d’un plan de sécurité drastique visant à endiguer la violence liée au trafic de drogue.
Le nouveau gouverneur de la province de Santa Fe, Maximiliano Pullaro, a mis en place une politique de “mano dura” (main de fer) depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2023. Cette approche, inspirée du modèle controversé du président salvadorien Nayib Bukele, se traduit par des mesures spectaculaires et médiatisées.
Dans les prisons, les autorités ont multiplié les fouilles de grande ampleur, confisquant plus de 1 800 téléphones portables en quelques mois et limitant les visites. Des images de détenus assis au sol, torse nu et crâne rasé, ont été publiées, accompagnées de messages menaçants tels que “Cela va être de pire en pire”.
Ces mesures ont été mises en place suite à une série d’assassinats choquants en mars 2024, où quatre personnes sans lien avec le trafic de drogue ont été abattues en pleine rue par des sicarios (tueurs à gages) en l’espace de cinq jours. Ces événements ont plongé la ville dans la peur, entraînant l’interruption des transports publics après 22 heures et un confinement volontaire des habitants pendant près de dix jours .
Le gouvernement de Javier Milei célèbre les premiers résultats de ce plan sécuritaire. Selon les données officielles, on constate une chute de 58,33% des homicides au premier trimestre 2024 par rapport à la même période en 2023. La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, a même annoncé sur les réseaux sociaux que Rosario connaissait “le plus bas nombre d’homicides en 17 ans”.
Cependant, cette baisse spectaculaire de la violence soulève des questions. Certains experts soupçonnent l’existence d’accords tacites avec les organisations criminelles, tandis que les habitants des quartiers défavorisés, où les gangs de drogue continuent de régner, restent méfiants face à cette paix temporaire.

Le “Plan Bandera”, lancé en janvier 2024 avec un budget de 2 millions de pesos, vise à renforcer les moyens des forces de l’ordre locales et a abouti au déploiement de forces fédérales spéciales dans la ville. Cette approche sécuritaire soulève des inquiétudes quant à une possible dérive autoritaire, d’autant plus que la situation en Argentine est loin d’être comparable à celle du Salvador. En 2022, le taux d’homicides en Argentine ne dépassait pas 4,6 pour 100 000 habitants, faisant du pays l’un des plus sûrs de la région.
L’expérience de Rosario soulève des questions cruciales sur l’équilibre entre sécurité et respect des droits humains, ainsi que sur l’efficacité à long terme de telles mesures répressives face à des problèmes structurels liés au trafic de drogue et aux inégalités sociales.