DOSSIER BOBEA DESTINEES : « Femmes en Guerre — Héroïnes et Vulnérables : Protection, Défis et Résilience »

Intro­duc­tion : Les femmes face à la guerre, entre héroïsme et vul­néra­bil­ité

Les guer­res mod­ernes ne se lim­i­tent pas aux champs de bataille. Elles s’in­fil­trent dans les foy­ers, boule­versent les com­mu­nautés et trans­for­ment les rôles soci­aux. Au cœur de ces con­flits, les femmes occu­pent une place para­doxale : elles sont à la fois des vic­times vul­nérables et des héroïnes résilientes. Qu’elles soient déplacées, soignantes, com­bat­tantes ou lead­ers com­mu­nau­taires, leur rôle est cen­tral dans la survie des familles et des sociétés.

En Ukraine, au Soudan ou à Gaza, les femmes subis­sent des vio­lences spé­ci­fiques exac­er­bées par le con­texte de guerre : vio­ls util­isés comme arme de guerre, accès lim­ité aux soins de san­té repro­duc­tive, exploita­tion économique et stig­ma­ti­sa­tion sociale. Pour­tant, elles se révè­lent égale­ment être des actri­ces clés de la résis­tance et de la recon­struc­tion. À Gaza, par exem­ple, des femmes organ­isent la dis­tri­b­u­tion d’aide human­i­taire mal­gré les bom­barde­ments, tan­dis qu’en Ukraine, elles représen­tent une part crois­sante des forces armées.

Ce para­doxe – entre vul­néra­bil­ité et résilience – soulève des ques­tions cru­ciales : com­ment pro­téger effi­cace­ment les droits des femmes en temps de guerre ? Devraient-elles être inté­grées davan­tage dans les com­bats ou rester pro­tégées en tant que civiles ? Quels sont les moyens juridiques et human­i­taires pour lim­iter les vio­lences qu’elles subis­sent ? Et enfin, com­ment val­oris­er leur rôle dans la recon­struc­tion post-con­flit ?

Ce dossier explore ces ques­tions à tra­vers une analyse appro­fondie et des études de cas con­crètes (Ukraine, Gaza, Soudan), tout en pro­posant des solu­tions pour ren­forcer leur pro­tec­tion et leur autonomi­sa­tion. Car au-delà de leur souf­france, les femmes en guerre incar­nent aus­si l’espoir d’un avenir plus juste et résilient.

DOSSIER BOBEA DESTINEES  : Par­tie 1 — Les caus­es de la vul­néra­bil­ité accrue des femmes en temps de guerre

Nous allons explor­er dans cette par­tie com­ment les con­flits exac­er­bent les vio­lences sex­uelles, lim­i­tent l’ac­cès aux soins essen­tiels et plon­gent les femmes dans une pré­car­ité économique extrême. Ces fac­teurs seront analysés à tra­vers des exem­ples con­crets issus des zones de con­flit.

Les con­flits armés exac­er­bent les iné­gal­ités de genre exis­tantes, ren­dant les femmes par­ti­c­ulière­ment vul­nérables. Cette vul­néra­bil­ité se man­i­feste à tra­vers plusieurs fac­teurs clés :

1.1. Vio­lences sex­uelles comme arme de guerre

Les vio­lences sex­uelles sont util­isées comme une tac­tique de guerre pour ter­roris­er et détru­ire les com­mu­nautés. En Éthiopie, par exem­ple, les vio­ls et l’esclavage sex­uel sont devenus mon­naie courante dans le con­flit du Tigré, visant à hum­i­li­er et à punir les pop­u­la­tions civiles. En République démoc­ra­tique du Con­go, des cen­taines de mil­liers de femmes ont été vic­times de vio­lences sex­uelles depuis le début du con­flit1. Ces actes ne sont pas seule­ment des crimes indi­vidu­els mais aus­si des straté­gies mil­i­taires pour désta­bilis­er les sociétés.

1.2. Accès lim­ité aux soins de san­té et droits repro­duc­tifs

Pen­dant les con­flits, les infra­struc­tures de san­té sont sou­vent détru­ites ou sur­chargées, ce qui lim­ite l’ac­cès aux soins essen­tiels pour les femmes. En Ukraine, par exem­ple, seule­ment 35 % des cen­tres de san­té fonc­tion­nent à pleine capac­ité, affec­tant grave­ment l’ac­cès aux con­tra­cep­tifs et aux soins pré­na­tals4. Les femmes enceintes ou ayant des besoins spé­ci­fiques en matière de san­té repro­duc­tive sont par­ti­c­ulière­ment touchées.

1.3. Déplace­ments for­cés et pré­car­ité économique

Les con­flits oblig­ent sou­vent les femmes à fuir leur foy­er, les plongeant dans une sit­u­a­tion de déplace­ment et de pré­car­ité économique. Selon l’ONU, en 2018, la moitié des per­son­nes déplacées étaient des enfants, et les femmes se retrou­vent sou­vent à la tête des ménages, chargées de sub­venir aux besoins de leurs familles dans des con­di­tions extrême­ment dif­fi­ciles1. Les mariages pré­co­ces aug­mentent égale­ment, comme au Yémen, où ils ont crû de 15 % depuis le début de la guerre, sou­vent pour pro­téger les filles ou réduire les coûts famil­i­aux.

1.4. Stig­ma­ti­sa­tion sociale et manque de sou­tien psy­chologique

Les sur­vivantes de vio­lences sex­uelles font face à une stig­ma­ti­sa­tion sociale qui les empêche sou­vent de par­ler ouverte­ment de leurs expéri­ences. Cela lim­ite leur accès à des soins psy­chologiques et juridiques adéquats. En Ukraine, par exem­ple, seules 15 % des sur­vivantes de vio­lences sex­uelles osent porter plainte, craig­nant la répro­ba­tion sociale.

1.5. Exclu­sion des proces­sus de paix

Mal­gré leur rôle cru­cial dans la résis­tance et la recon­struc­tion, les femmes sont sou­vent exclues des négo­ci­a­tions de paix. Cela sig­ni­fie que leurs besoins spé­ci­fiques et leurs per­spec­tives ne sont pas pris­es en compte dans les accords post-con­flit, per­pé­tu­ant ain­si leur mar­gin­al­i­sa­tion.

DOSSIER BOBEA DESTINEES  : Par­tie 2 — Les femmes comme actri­ces de la résis­tance et de la recon­struc­tion

Les femmes jouent un rôle mul­ti­di­men­sion­nel dans les con­flits armés, allant bien au-delà de leur statut de vic­times. Elles sont des actri­ces clés de la résis­tance, des soignantes dévouées, des logis­ti­ci­ennes essen­tielles et des lead­ers com­mu­nau­taires vision­naires. Cette sec­tion explore leurs con­tri­bu­tions cru­ciales dans la résis­tance et la recon­struc­tion.

2.1. Mul­ti­ples rôles sur le ter­rain

  • Com­bat­tantes : En Ukraine, par exem­ple, les femmes représen­tent 62 000 mil­i­taires, dont 5 000 en pre­mière ligne. Elles par­ticipent active­ment aux opéra­tions mil­i­taires et assurent des fonc­tions stratégiques.
  • Soignantes : Les femmes sont sou­vent à la tête des ser­vices de san­té d’ur­gence, soignant les blessés et four­nissant des soins vitaux dans des con­di­tions extrême­ment dif­fi­ciles.
  • Logis­ti­ci­ennes : Elles organ­isent des réseaux de sou­tien pour fournir nour­ri­t­ure, abri et vête­ments aux familles déplacées.

2.2. Lead­er­ship dans les ini­tia­tives com­mu­nau­taires et human­i­taires

  • Organ­i­sa­tion de l’aide human­i­taire : À Gaza, des col­lec­tifs féminins coor­don­nent la dis­tri­b­u­tion d’aide mal­gré les bom­barde­ments, assur­ant que les besoins essen­tiels soient cou­verts.
  • Ini­tia­tives de recon­struc­tion : En Ukraine, des femmes diri­gent des pro­jets de recon­struc­tion de loge­ments et d’in­fra­struc­tures, con­tribuant à la reprise économique locale.
  • Pro­mo­tion de la paix : Les femmes sont à l’a­vant-garde des ini­tia­tives de réc­on­cil­i­a­tion et de dia­logue inter­com­mu­nau­taire, favorisant la cohé­sion sociale et la paix durable.

2.3. Par­tic­i­pa­tion aux proces­sus de paix

Mal­gré leur rôle cru­cial, les femmes sont sou­vent exclues des négo­ci­a­tions offi­cielles de paix. Cepen­dant, elles jouent un rôle vital dans les ini­tia­tives informelles et com­mu­nau­taires pour pro­mou­voir la paix et la réc­on­cil­i­a­tion.

  • Réso­lu­tion 1325 de l’ONU : Cette réso­lu­tion souligne l’im­por­tance de la par­tic­i­pa­tion des femmes aux proces­sus de paix, mais son appli­ca­tion reste lim­itée.
  • Ini­tia­tives locales : Les femmes organ­isent des forums de dia­logue et des ate­liers pour pro­mou­voir la com­préhen­sion mutuelle et la réso­lu­tion paci­fique des con­flits.

 DOSSIER BOBEA DESTINEES  : Par­tie 3 — Droit inter­na­tion­al : Quelles pro­tec­tions pour les femmes en con­flit ?

Le droit inter­na­tion­al human­i­taire et les réso­lu­tions de l’ONU offrent un cadre pour pro­téger les droits des femmes en temps de guerre. Cepen­dant, mal­gré ces dis­po­si­tions, les femmes con­tin­u­ent de subir des vio­lences spé­ci­fiques et sont sou­vent exclues des proces­sus de paix.

3.1. Con­ven­tions de Genève et Pro­to­coles addi­tion­nels

Les Con­ven­tions de Genève de 1949 et leurs Pro­to­coles addi­tion­nels de 1977 et 2005 con­ti­en­nent des dis­po­si­tions cru­ciales pour la pro­tec­tion des femmes en con­flit. L’ar­ti­cle 27 de la qua­trième Con­ven­tion de Genève stip­ule que les femmes doivent être spé­ciale­ment pro­tégées con­tre toute atteinte à leur hon­neur, notam­ment con­tre le viol, la con­trainte à la pros­ti­tu­tion et tout atten­tat à leur pudeur. Ces dis­po­si­tions visent à garan­tir que les femmes béné­fi­cient des mêmes pro­tec­tions que les hommes en tant que per­son­nes civiles ou pris­on­nières de guerre.

3.2. Réso­lu­tions de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécu­rité

La réso­lu­tion 1325 du Con­seil de sécu­rité de l’ONU, adop­tée en 2000, est un jalon impor­tant pour la pro­tec­tion des femmes en con­flit. Elle souligne l’im­por­tance de la par­tic­i­pa­tion des femmes aux proces­sus de paix et met en avant les dimen­sions sexo-spé­ci­fiques des con­flits3. Les réso­lu­tions ultérieures, comme la 1820 (2008) et la 1888 (2009), réaf­fir­ment la néces­sité de lut­ter con­tre l’im­punité des crimes sex­uels et de pro­mou­voir la par­tic­i­pa­tion des femmes dans les négo­ci­a­tions de paix3.

3.3. Cour pénale inter­na­tionale (CPI)

La CPI, créée par le Statut de Rome en 1998, recon­naît les vio­lences sex­uelles comme des crimes de guerre et des crimes con­tre l’hu­man­ité. Cela inclut le viol, la pros­ti­tu­tion for­cée et d’autres formes de vio­lence sex­uelle, qui peu­vent égale­ment être con­sid­érées comme des élé­ments con­sti­tu­tifs du géno­cide3. La CPI a joué un rôle cru­cial dans la pour­suite des auteurs de ces crimes, offrant un cadre juridique inter­na­tion­al pour tenir les respon­s­ables pour compte.

3.4. Lim­ites des mécan­ismes juridiques actuels

Mal­gré ces cadres juridiques, plusieurs défis per­sis­tent :

  • Impunité : Beau­coup de crimes sex­uels restent impu­nis en rai­son de la stig­ma­ti­sa­tion sociale et des dif­fi­cultés d’ac­cès à la jus­tice.
  • Exclu­sion des proces­sus de paix : Les femmes sont sou­vent mar­gin­al­isées dans les négo­ci­a­tions offi­cielles, lim­i­tant leur capac­ité à influ­encer les accords post-con­flit.
  • Manque de ressources : Les pro­grammes spé­ci­fiques pour les femmes néces­si­tent davan­tage de finance­ments et de sou­tien logis­tique pour être effi­caces.

3.5. Per­spec­tives d’avenir

Pour amélior­er la pro­tec­tion des femmes en con­flit, il est cru­cial de ren­forcer l’ap­pli­ca­tion des lois exis­tantes et d’aug­menter la par­tic­i­pa­tion des femmes dans tous les niveaux des proces­sus de paix. Cela inclut la for­ma­tion des forces de sécu­rité sur les ques­tions de genre et la mise en place de struc­tures judi­ci­aires acces­si­bles pour les vic­times de vio­lences sex­uelles.

DOSSIER BOBEA DESTINEES  — Par­tie 4 — Études de cas : Ukraine et Gaza, deux théâtres de guerre, mêmes défis

Le droit inter­na­tion­al human­i­taire et les réso­lu­tions de l’ONU offrent un cadre pour pro­téger les droits des femmes en temps de guerre. Cepen­dant, mal­gré ces dis­po­si­tions, les femmes con­tin­u­ent de subir des vio­lences spé­ci­fiques et sont sou­vent exclues des proces­sus de paix.

4.1. Con­ven­tions de Genève et Pro­to­coles addi­tion­nels

Les Con­ven­tions de Genève de 1949 et leurs Pro­to­coles addi­tion­nels de 1977 et 2005 con­ti­en­nent des dis­po­si­tions cru­ciales pour la pro­tec­tion des femmes en con­flit. L’ar­ti­cle 27 de la qua­trième Con­ven­tion de Genève stip­ule que les femmes doivent être spé­ciale­ment pro­tégées con­tre toute atteinte à leur hon­neur, notam­ment con­tre le viol, la con­trainte à la pros­ti­tu­tion et tout atten­tat à leur pudeur. Ces dis­po­si­tions visent à garan­tir que les femmes béné­fi­cient des mêmes pro­tec­tions que les hommes en tant que per­son­nes civiles ou pris­on­nières de guerre.

4.2. Réso­lu­tions de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécu­rité

La réso­lu­tion 1325 du Con­seil de sécu­rité de l’ONU, adop­tée en 2000, est un jalon impor­tant pour la pro­tec­tion des femmes en con­flit. Elle souligne l’im­por­tance de la par­tic­i­pa­tion des femmes aux proces­sus de paix et met en avant les dimen­sions sexo-spé­ci­fiques des con­flits. Les réso­lu­tions ultérieures, comme la 1820 (2008) et la 1888 (2009), réaf­fir­ment la néces­sité de lut­ter con­tre l’im­punité des crimes sex­uels et de pro­mou­voir la par­tic­i­pa­tion des femmes dans les négo­ci­a­tions de paix.

4.3. Cour pénale inter­na­tionale (CPI)

La CPI, créée par le Statut de Rome en 1998, recon­naît les vio­lences sex­uelles comme des crimes de guerre et des crimes con­tre l’hu­man­ité. Cela inclut le viol, la pros­ti­tu­tion for­cée et d’autres formes de vio­lence sex­uelle, qui peu­vent égale­ment être con­sid­érées comme des élé­ments con­sti­tu­tifs du géno­cide. La CPI a joué un rôle cru­cial dans la pour­suite des auteurs de ces crimes, offrant un cadre juridique inter­na­tion­al pour tenir les respon­s­ables pour compte.

4.4. Lim­ites des mécan­ismes juridiques actuels

Mal­gré ces cadres juridiques, plusieurs défis per­sis­tent :

  • Impunité : Beau­coup de crimes sex­uels restent impu­nis en rai­son de la stig­ma­ti­sa­tion sociale et des dif­fi­cultés d’ac­cès à la jus­tice.
  • Exclu­sion des proces­sus de paix : Les femmes sont sou­vent mar­gin­al­isées dans les négo­ci­a­tions offi­cielles, lim­i­tant leur capac­ité à influ­encer les accords post-con­flit.
  • Manque de ressources : Les pro­grammes spé­ci­fiques pour les femmes néces­si­tent davan­tage de finance­ments et de sou­tien logis­tique pour être effi­caces.

4.5. Per­spec­tives d’avenir

Pour amélior­er la pro­tec­tion des femmes en con­flit, il est cru­cial de ren­forcer l’ap­pli­ca­tion des lois exis­tantes et d’aug­menter la par­tic­i­pa­tion des femmes dans tous les niveaux des proces­sus de paix. Cela inclut la for­ma­tion des forces de sécu­rité sur les ques­tions de genre et la mise en place de struc­tures judi­ci­aires acces­si­bles pour les vic­times de vio­lences sex­uelles.

DOSSIER BOBEA DESTINEES — Par­tie 5 — Études de cas : Ukraine et Gaza, deux théâtres de guerre, mêmes défis

Les con­flits en Ukraine et à Gaza illus­trent les défis sim­i­laires aux­quels les femmes sont con­fron­tées en temps de guerre. Ces deux régions mon­trent com­ment les vio­lences sex­uelles, l’ac­cès lim­ité aux soins de san­té et la pré­car­ité économique affectent par­ti­c­ulière­ment les femmes.

5.1. Ukraine : Entre héroïsme et pré­car­ité

En Ukraine, les femmes sont à la fois des vic­times et des héroïnes de la guerre. Elles représen­tent 62 000 mil­i­taires et assurent des rôles vitaux dans les ser­vices de san­té et l’aide human­i­taire5. Cepen­dant, elles sont égale­ment exposées à des vio­lences sex­uelles et con­ju­gales accrues, avec 3,6 mil­lions de per­son­nes ayant besoin de ser­vices pour lut­ter con­tre ces vio­lences7.

Les femmes ukraini­ennes jouent un rôle cru­cial dans la résis­tance, mais elles font face à des défis majeurs :

  • Accès lim­ité aux soins de san­té : Les infra­struc­tures médi­cales sont sou­vent détru­ites ou sur­chargées, ce qui affecte par­ti­c­ulière­ment les femmes enceintes ou ayant des besoins spé­ci­fiques en matière de san­té repro­duc­tive5.
  • Pré­car­ité économique : Près de 60 % des per­son­nes déplacées sont des femmes, qui se retrou­vent sou­vent à la tête des ménages sans ressources1.
  • Vio­lences sex­uelles : Ces vio­lences sont util­isées comme une arme de guerre, cau­sant des trau­ma­tismes physiques et psy­chologiques pro­fonds5.

5.2. Gaza : Sur­vivre sous les bom­barde­ments

À Gaza, les femmes subis­sent les con­séquences d’un con­flit pro­longé et d’un blo­cus économique sévère. Elles sont par­ti­c­ulière­ment vul­nérables aux vio­lences sex­uelles et aux dif­fi­cultés d’ac­cès aux soins de san­té :

  • Con­di­tions de vie pré­caires : Les bom­barde­ments ont détru­it de nom­breux hôpi­taux, lais­sant les femmes accouch­er dans des con­di­tions dan­gereuses, sou­vent sans anesthésie1.
  • Rôle dans la résis­tance : Les femmes gaza­ouies jouent un rôle act­if dans la résis­tance quo­ti­di­enne, en appor­tant un sou­tien psy­chologique et en main­tenant des stan­dards d’hy­giène dans les camps2.
  • Pau­vreté et faim : Les femmes se privent sou­vent de nour­ri­t­ure pour nour­rir leurs familles, aggra­vant leur sit­u­a­tion de pré­car­ité1.

5.3. Com­para­i­son des défis

Bien que les con­textes soient dif­férents, les défis aux­quels les femmes sont con­fron­tées en Ukraine et à Gaza parta­gent des simil­i­tudes frap­pantes :

  • Vio­lences sex­uelles : Dans les deux régions, les vio­lences sex­uelles sont util­isées comme une arme de guerre, avec des con­séquences dévas­ta­tri­ces pour les vic­times.
  • Accès lim­ité aux soins de san­té : Les infra­struc­tures médi­cales sont sou­vent détru­ites ou sur­chargées, ce qui affecte par­ti­c­ulière­ment les femmes enceintes ou ayant des besoins spé­ci­fiques.
  • Pré­car­ité économique : Les femmes sont sou­vent à la tête des ménages déplacés ou touchés par la pau­vreté, avec des dif­fi­cultés pour sub­venir aux besoins de leur famille.

5.4. Ini­tia­tives de sou­tien

Pour répon­dre à ces défis, plusieurs ini­tia­tives sont mis­es en place :

  • Aide human­i­taire : Des organ­i­sa­tions comme ONU Femmes et Plan Inter­na­tion­al four­nissent un sou­tien vital aux femmes et aux filles, inclu­ant des ser­vices psy­chologiques et des pro­grammes pour lut­ter con­tre les vio­lences de genre.
  • Pro­mo­tion de la résilience : Les femmes sont encour­agées à pren­dre des rôles de lead­er­ship dans la recon­struc­tion et la résis­tance, ren­forçant ain­si leur autonomie et leur capac­ité à agir.

DOSSIER BOBEA DESTINEES  : Par­tie 6 — Les obsta­cles à la pro­tec­tion des femmes en zone de guerre

Mal­gré les cadres juridiques inter­na­tionaux et les ini­tia­tives human­i­taires, les femmes con­tin­u­ent de subir des vio­lences et des dis­crim­i­na­tions dans les zones de con­flit. Ces obsta­cles, sou­vent enrac­inés dans des dynamiques sociales et cul­turelles com­plex­es, lim­i­tent l’efficacité des efforts visant à les pro­téger.

6.1. La stig­ma­ti­sa­tion sociale : un fardeau invis­i­ble

La stig­ma­ti­sa­tion est l’un des prin­ci­paux obsta­cles aux­quels les sur­vivantes de vio­lences sex­uelles sont con­fron­tées. Dans de nom­breuses cul­tures, les vic­times sont perçues comme “souil­lées” ou respon­s­ables de ce qu’elles ont subi, ce qui entraîne un rejet social.

  • Exem­ples con­crets : En République démoc­ra­tique du Con­go, les femmes vic­times de vio­ls sont sou­vent répudiées par leurs maris et ostracisées par leur com­mu­nauté5. Ce rejet aggrave leur vul­néra­bil­ité économique et sociale, les lais­sant sans sou­tien.
  • Impact psy­chologique : La peur d’être jugée ou rejetée pousse beau­coup de sur­vivantes à garder le silence, ce qui com­plique l’accès à la jus­tice et aux soins2.

6.2. Manque de ressources et d’infrastructures adap­tées

Les con­flits détru­isent sou­vent les infra­struc­tures essen­tielles, ren­dant dif­fi­cile la mise en place de pro­grammes spé­ci­fiques pour les femmes.

  • Accès lim­ité aux ser­vices essen­tiels : Dans des zones comme Gaza ou le Soudan, les femmes man­quent d’accès à des toi­lettes sécurisées, à des pro­duits d’hygiène men­stru­elle ou à des soins médi­caux adap­tés.
  • Insuff­i­sance des cen­tres d’accueil : Les struc­tures dédiées aux sur­vivantes de vio­lences sex­uelles sont rares et sous-financées. Par exem­ple, dans cer­tains camps de réfugiés comme Cox’s Bazar au Bangladesh, plus d’un tiers des femmes inter­rogées déclar­ent ne pas se sen­tir en sécu­rité lorsqu’elles utilisent les san­i­taires.

6.3. Impunité per­sis­tante pour les crimes sex­uels

L’impunité reste un prob­lème majeur dans les zones de con­flit. Les auteurs de vio­lences sex­uelles échap­pent sou­vent à la jus­tice en rai­son de l’absence d’enquêtes effi­caces ou du manque de volon­té poli­tique.

  • Chiffres alar­mants : Selon l’ONU, moins de 10 % des cas de vio­lences sex­uelles sig­nalés en zone de guerre aboutis­sent à une con­damna­tion3.
  • Caus­es struc­turelles :
  • Faib­lesse des sys­tèmes judi­ci­aires locaux.
  • Absence de mécan­ismes inter­na­tionaux pour pour­suiv­re sys­té­ma­tique­ment ces crimes.
  • Pres­sions sociales décourageant les vic­times de porter plainte.

6.4. Exclu­sion des femmes des proces­sus déci­sion­nels

Mal­gré leur rôle cru­cial dans la résis­tance et la recon­struc­tion, les femmes sont large­ment exclues des proces­sus poli­tiques et déci­sion­nels.

  • Faible représen­ta­tion : En 2023, moins de 10 % des négo­ci­a­teurs dans les proces­sus de paix étaient des femmes.
  • Con­séquences : Cette exclu­sion empêche une prise en compte adéquate des besoins spé­ci­fiques des femmes dans les accords post-con­flit.

6.5. Risques accrus liés aux respon­s­abil­ités domes­tiques

Dans les zones de con­flit, les tâch­es domes­tiques exposent par­ti­c­ulière­ment les femmes à des dan­gers.

  • Col­lecte d’eau et nour­ri­t­ure : Les femmes doivent sou­vent par­courir de longues dis­tances pour chercher ces ressources essen­tielles, s’exposant ain­si aux vio­lences sex­uelles ou aux enlève­ments7.
  • Charge men­tale accrue : En l’absence des hommes mobil­isés ou tués pen­dant la guerre, elles assu­ment seules la survie économique et émo­tion­nelle de leur famille.

6.6. Manque d’éducation sur leurs droits

Beau­coup de femmes vivant en zone de con­flit ignorent leurs droits ou ne savent pas com­ment accéder aux ser­vices disponibles.

  • Bar­rières cul­turelles et lin­guis­tiques : Ces obsta­cles lim­i­tent leur capac­ité à deman­der jus­tice ou assis­tance.
  • Ini­tia­tives insuff­isantes : Bien que cer­taines ONG tra­vail­lent sur l’éducation juridique et sociale, ces pro­grammes restent mar­gin­aux face à l’ampleur du prob­lème.

DOSSIER BOBEA DESTINEES — Par­tie 7 — Straté­gies d’autonomisation et de résilience

Les straté­gies d’au­tonomi­sa­tion sont cru­ciales pour aider les femmes à sur­mon­ter les défis liés aux con­flits. Ces approches visent à ren­forcer leur pou­voir de négo­ci­a­tion, leur con­fi­ance en elles et leur autonomie économique, tout en favorisant leur par­tic­i­pa­tion aux proces­sus de paix et de recon­struc­tion.

7.1. Autonomi­sa­tion économique

L’au­tonomi­sa­tion économique est un levi­er puis­sant pour réduire la dépen­dance des femmes et amélior­er leur sit­u­a­tion sociale. Les ini­tia­tives inclu­ent :

  • For­ma­tion pro­fes­sion­nelle : Des pro­grammes de for­ma­tion en ges­tion d’en­tre­prise, agri­cul­ture durable ou arti­sanat per­me­t­tent aux femmes d’ac­quérir des com­pé­tences généra­tri­ces de revenus.
  • Micro­crédits et épargne : Les asso­ci­a­tions vil­la­geois­es d’é­pargne et de crédit aident les femmes à créer des entre­pris­es et à gér­er leurs finances de manière autonome.
  • Parte­nar­i­ats avec les entre­pris­es : ONU Femmes col­la­bore avec des entre­pris­es pour pro­mou­voir des pra­tiques inclu­sives et soutenir des pro­jets à impact social et économique5.

7.2. Sou­tien psy­choso­cial

Le sou­tien psy­choso­cial est essen­tiel pour aider les femmes à gér­er les trau­ma­tismes liés aux con­flits :

  • Groupes de sou­tien com­mu­nau­taires : Des ate­liers et groupes de sou­tien psy­choso­cial, comme ceux organ­isés par Hand­i­cap Inter­na­tion­al en Ukraine, aident les femmes à partager leurs émo­tions et à ren­forcer leur résilience.
  • Inter­ven­tions axées sur la com­mu­nauté : Ces inter­ven­tions inclu­ent la créa­tion d’e­spaces soci­aux sécurisés pour les femmes et les enfants, facil­i­tant leur réin­ser­tion dans la com­mu­nauté3.

7.3. For­ma­tion et inclu­sion dans les proces­sus de paix

La par­tic­i­pa­tion des femmes aux proces­sus de paix est cru­ciale pour garan­tir que leurs besoins et per­spec­tives soient pris en compte :

  • For­ma­tion au lead­er­ship : Des pro­grammes visent à ren­forcer les capac­ités des femmes à occu­per des postes de lead­er­ship et à influ­encer les déci­sions poli­tiques.
  • Quo­tas élec­toraux : ONU Femmes sou­tient l’in­stau­ra­tion de quo­tas pour assur­er une représen­ta­tion fémi­nine sig­ni­fica­tive dans les élec­tions post-con­flit2.

7.4. Réseaux col­lec­tifs et plaidoy­er

Les réseaux col­lec­tifs de femmes per­me­t­tent de mobilis­er des ressources et de plaider pour leurs droits :

  • Plaidoy­er com­mu­nau­taire : Les femmes se regroupent pour défendre leurs intérêts et exiger des réformes juridiques et poli­tiques favor­ables à l’é­gal­ité des sex­es.
  • Parte­nar­i­ats avec la société civile : Des col­lab­o­ra­tions avec des ONG et des groupes com­mu­nau­taires ren­for­cent la capac­ité des femmes à com­bat­tre les iné­gal­ités1.

Con­clu­sion par­tielle  : Vers un avenir plus équitable

Les straté­gies d’au­tonomi­sa­tion sont essen­tielles pour trans­former la vul­néra­bil­ité en force. En ren­forçant l’au­tonomie économique, le sou­tien psy­choso­cial et la par­tic­i­pa­tion poli­tique des femmes, on peut créer un envi­ron­nement où elles ne sont plus des vic­times silen­cieuses mais des archi­tectes de la paix et de la recon­struc­tion. Ce change­ment néces­site une mobil­i­sa­tion mon­di­ale pour bris­er les bar­rières sys­témiques et garan­tir que les droits des femmes soient respec­tés et pro­tégés dans tous les con­textes.

Con­clu­sion Générale : Femmes en Guerre – Héroïnes et Vul­nérables : Pro­tec­tion, Défis et Résilience

Les con­flits armés, qu’ils se déroulent en Ukraine, au Soudan, à Gaza ou ailleurs, révè­lent une réal­ité uni­verselle : les femmes sont à la fois les pre­mières vic­times des guer­res et les piliers de la résilience com­mu­nau­taire. Ce para­doxe met en lumière leur rôle cen­tral dans les zones de con­flit, tout en soulig­nant les défis spé­ci­fiques qu’elles affron­tent. Ce dossier a exploré leur vul­néra­bil­ité accrue face aux vio­lences sex­uelles, à la pré­car­ité économique et à l’ex­clu­sion sociale, mais aus­si leur capac­ité extra­or­di­naire à résis­ter, recon­stru­ire et trans­former leurs sociétés.

Un dou­ble statut : vic­times et actri­ces de change­ment

Les femmes en guerre ne sont pas seule­ment des vic­times pas­sives des événe­ments. Bien qu’elles subis­sent des vio­lences spé­ci­fiques – comme le viol util­isé comme arme de guerre ou l’ac­cès lim­ité aux soins de san­té repro­duc­tive – elles se révè­lent égale­ment être des actri­ces essen­tielles de la résis­tance et de la recon­struc­tion. En Ukraine, elles ser­vent dans les forces armées, diri­gent des ini­tia­tives human­i­taires et par­ticipent active­ment à la recon­struc­tion économique. À Gaza, elles organ­isent des réseaux d’en­traide pour assur­er la survie des familles mal­gré les bom­barde­ments inces­sants.

Cette dual­ité entre vul­néra­bil­ité et héroïsme souligne l’im­por­tance de recon­naître leur rôle mul­ti­di­men­sion­nel dans les con­flits mod­ernes. Les femmes ne doivent pas être vues unique­ment comme des per­son­nes à pro­téger, mais aus­si comme des parte­naires indis­pens­ables dans la recherche de solu­tions durables.

Des pro­tec­tions juridiques insuff­isantes

Mal­gré l’ex­is­tence de cadres juridiques inter­na­tionaux – tels que les Con­ven­tions de Genève, la réso­lu­tion 1325 du Con­seil de sécu­rité de l’ONU ou le Statut de Rome créant la Cour pénale inter­na­tionale – les femmes con­tin­u­ent de faire face à une impunité général­isée pour les crimes qu’elles subis­sent. Les vio­lences sex­uelles restent large­ment sous-déclarées en rai­son de la stig­ma­ti­sa­tion sociale et du manque d’ac­cès à la jus­tice. De plus, leur exclu­sion sys­té­ma­tique des proces­sus offi­ciels de paix empêche leurs besoins spé­ci­fiques d’être pris en compte dans les accords post-con­flit.

Ces lacunes mon­trent que le droit inter­na­tion­al, bien qu’essen­tiel, doit être ren­for­cé par des actions con­crètes sur le ter­rain. Cela inclut une meilleure appli­ca­tion des lois exis­tantes, un finance­ment accru pour les pro­grammes gen­rés et une volon­té poli­tique ferme pour inclure les femmes dans toutes les étapes des proces­sus déci­sion­nels.

Des straté­gies d’au­tonomi­sa­tion por­teuses d’e­spoir

Mal­gré ces obsta­cles, des ini­tia­tives émer­gent pour autonomiser les femmes en zone de guerre. Les pro­grammes de micro­crédits, le sou­tien psy­choso­cial et la for­ma­tion au lead­er­ship per­me­t­tent aux femmes non seule­ment de sur­vivre mais aus­si d’a­gir comme des actri­ces du change­ment. Ces straté­gies mon­trent que l’au­tonomi­sa­tion économique et sociale est un levi­er essen­tiel pour bris­er le cycle de vul­néra­bil­ité.

De plus, l’in­clu­sion des femmes dans les proces­sus de paix est cru­ciale pour garan­tir une recon­struc­tion durable. Les études mon­trent que lorsque les femmes par­ticipent active­ment aux négo­ci­a­tions de paix, les accords sont plus inclusifs et ont plus de chances d’être respec­tés sur le long terme.

Un appel à l’ac­tion mon­di­ale

Ce dossier met en lumière un besoin urgent : celui d’une mobil­i­sa­tion mon­di­ale pour pro­téger et val­oris­er les femmes en temps de guerre. Cela passe par plusieurs actions pri­or­i­taires :

  1. Sanc­tion­ner sys­té­ma­tique­ment les crimes sex­uels grâce à des juri­dic­tions inter­na­tionales effi­caces.
  2. Allouer davan­tage de finance­ments aux pro­grammes spé­ci­fiques pour les femmes dans les zones de con­flit.
  3. Inclure sys­té­ma­tique­ment les femmes dans toutes les étapes des proces­sus poli­tiques et économiques post-con­flit.
  4. Édu­quer sur leurs droits : sen­si­bilis­er les femmes elles-mêmes ain­si que leurs com­mu­nautés sur leurs droits fon­da­men­taux.

En recon­nais­sant leur rôle cen­tral et en répon­dant à leurs besoins spé­ci­fiques, nous pou­vons trans­former ces héroïnes silen­cieuses en lead­ers vis­i­bles du change­ment.

Vers un avenir plus équitable

Les femmes en guerre incar­nent à la fois la souf­france infligée par les con­flits et l’e­spoir d’un avenir meilleur. Leur résilience face à l’ad­ver­sité est une source d’in­spi­ra­tion qui tran­scende les fron­tières géo­graphiques et cul­turelles. Mais cette résilience ne doit pas être exploitée comme un pré­texte pour ignor­er leurs besoins ou min­imiser leurs souf­frances.

Il est temps que le monde recon­naisse pleine­ment leur con­tri­bu­tion et agisse pour garan­tir leur sécu­rité, leur autonomie et leur inclu­sion dans tous les aspects de la société post-con­flit. Car pro­téger les femmes en guerre ne sig­ni­fie pas seule­ment répon­dre à une oblig­a­tion morale ou juridique ; cela sig­ni­fie inve­stir dans la paix durable et le pro­grès humain glob­al.

En fin de compte, ce dossier rap­pelle que der­rière chaque con­flit se cachent des mil­lions d’his­toires indi­vidu­elles – celles de mères courageuses, de filles résis­tantes et de lead­ers silen­cieuses – qui méri­tent d’être enten­dues, pro­tégées et célébrées.

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