La cuisine syrienne, riche de millénaires d’histoire et d’influences diverses, connaît un regain d’intérêt sur la scène gastronomique internationale. À la tête de ce mouvement, on trouve la cheffe Maha Achkar, dont le restaurant “Damas” à Paris a récemment été couronné d’une étoile Michelin. Rencontre avec une femme passionnée qui réinvente la cuisine de ses ancêtres tout en préservant son authenticité.
Un parcours inspirant
Née à Damas, Maha Achkar a quitté la Syrie en 2012 au début du conflit. Arrivée en France comme réfugiée, elle a d’abord travaillé comme aide-cuisinière avant d’ouvrir son propre restaurant en 2018. “La cuisine a été mon ancre dans la tempête,” confie-t-elle. “C’était un moyen de garder un lien avec mes racines tout en construisant une nouvelle vie.”
Son talent et sa créativité ont rapidement attiré l’attention des critiques gastronomiques. En 2025, “Damas” est devenu le premier restaurant syrien étoilé en France, marquant un tournant dans la reconnaissance de cette cuisine au niveau international.
Une cuisine entre tradition et modernité
Maha Achkar excelle dans l’art de réinterpréter les classiques syriens avec une touche contemporaine. Son menu propose des plats emblématiques comme le kibbeh nayyeh (tartare de bœuf au boulgour) ou le muhammara (purée de poivrons et de noix), mais dans des versions raffinées et souvent surprenantes.
“Je cherche à préserver l’âme de notre cuisine tout en l’adaptant aux goûts et aux techniques modernes,” explique-t-elle. Par exemple, son célèbre “Freekeh revisité” transforme cette céréale traditionnelle en un risotto délicat, accompagné d’un émincé d’agneau confit et de grenade fraîche.
Les ingrédients au cœur de sa cuisine
La cheffe accorde une importance primordiale à la qualité et à l’origine de ses ingrédients. Elle travaille en étroite collaboration avec des producteurs locaux français, tout en important certains produits spécifiques de Syrie et du Moyen-Orient.
“Le zaatar, le sumac, l’eau de rose… Ces saveurs sont l’essence même de notre cuisine,” explique-t-elle. “Mais je les marie volontiers avec des produits français de saison. C’est ma façon de créer des ponts entre les cultures.”
Un engagement au-delà de l’assiette
Maha Achkar ne se contente pas de régaler les papilles de ses clients. Elle utilise sa notoriété pour promouvoir la culture syrienne et soutenir les réfugiés. Son restaurant emploie plusieurs personnes issues de l’immigration, et elle organise régulièrement des ateliers de cuisine pour les demandeurs d’asile.
“La nourriture a ce pouvoir incroyable de rassembler les gens, de transcender les barrières culturelles,” affirme-t-elle. “C’est un outil puissant pour favoriser la compréhension et l’intégration.”
L’influence sur la scène gastronomique
Le succès de Maha Achkar a contribué à un regain d’intérêt pour la cuisine levantine en général. On observe une multiplication des restaurants syriens, libanais et palestiniens dans les grandes villes européennes, ainsi qu’une demande croissante pour les ingrédients moyen-orientaux.
Selon le critique gastronomique François Lemaire, “Maha Achkar a ouvert la voie à une nouvelle génération de chefs qui osent mettre en avant leurs racines culinaires tout en innovant. C’est un vent de fraîcheur dans le paysage gastronomique français.”

Projets futurs et vision
Forte de son succès, Maha Achkar ne compte pas s’arrêter là. Elle travaille actuellement sur un livre de cuisine qui mêlera recettes traditionnelles et créations personnelles. Elle envisage également d’ouvrir une école de cuisine spécialisée dans la gastronomie moyen-orientale.
“Mon rêve est de voir la cuisine syrienne reconnue au même titre que les grandes cuisines du monde,” confie-t-elle. “Nous avons une histoire culinaire riche de plus de 4000 ans, il est temps qu’elle soit célébrée à sa juste valeur.”
La cheffe reste cependant lucide sur les défis qui persistent. “La situation en Syrie reste difficile, et beaucoup de traditions culinaires sont menacées. C’est aussi notre responsabilité, en tant que chefs expatriés, de préserver et de transmettre ce patrimoine.”
Conclusion
Maha Achkar incarne le renouveau de la cuisine syrienne sur la scène internationale. À travers ses créations innovantes et son engagement social, elle démontre comment la gastronomie peut être un vecteur de dialogue interculturel et de préservation du patrimoine. Son parcours inspirant rappelle que même dans l’adversité, la passion et le talent peuvent ouvrir de nouvelles voies et créer des ponts entre les cultures.