Christopher Nolan, maître incontesté du cinéma contemporain, nous plonge dans les derniers jours tumultueux de Thomas Edison avec son nouveau film “The Last Light”. Cette fresque historique ambitieuse explore non seulement la vie du célèbre inventeur, mais aussi les débuts de l’ère électrique et les conflits qui ont façonné le monde moderne.
Le film s’ouvre sur Edison, incarné par un Christian Bale méconnaissable, au crépuscule de sa carrière. Vieilli, fatigué, mais toujours animé par une flamme intérieure inextinguible, Edison se bat pour maintenir sa pertinence dans un monde qui évolue rapidement. Nolan utilise cette prémisse pour tisser une narration complexe qui oscille entre le présent d’Edison et les moments clés de sa carrière.
Bale livre une performance magistrale, capturant à la fois le génie et les failles d’Edison. Il nous montre un homme consumé par son travail, capable d’éclairs de brillance mais aussi de moments de doute profond. La transformation physique de Bale est stupéfiante, le vieillissement étant rendu de manière si convaincante qu’on en oublie l’acteur derrière le personnage.
Nolan, fidèle à son style, joue avec la chronologie du récit. Le film alterne entre trois périodes clés : les débuts prometteurs d’Edison et l’invention de l’ampoule électrique, la “guerre des courants” qui l’oppose à George Westinghouse et Nikola Tesla, et ses derniers jours où il lutte pour laisser un héritage durable.
La reconstitution historique est impeccable. Nolan et son équipe ont recréé avec un souci du détail méticuleux le New York de la fin du 19e siècle et du début du 20e. Les scènes montrant les premières démonstrations publiques de l’éclairage électrique sont particulièrement saisissantes, capturant l’émerveillement et la peur que cette nouvelle technologie a pu susciter.
Mais “The Last Light” n’est pas qu’un simple biopic. Nolan utilise l’histoire d’Edison comme une lentille pour explorer des thèmes plus larges : l’innovation face à la tradition, l’éthique dans les affaires, le prix personnel du génie. La “guerre des courants” est présentée comme une métaphore des conflits modernes entre différentes visions du progrès.
Le film n’hésite pas à montrer les aspects plus sombres de la personnalité d’Edison, notamment sa rivalité acharnée avec Tesla (interprété par un Rami Malek énigmatique) et Westinghouse (un Michael Shannon imposant). Ces conflits sont présentés avec nuance, Nolan refusant de peindre Edison simplement comme un héros ou un vilain.
La cinématographie de Hoyte van Hoytema, collaborateur fréquent de Nolan, est à couper le souffle. Les scènes nocturnes, éclairées uniquement par des lampes à incandescence ou des arcs électriques, créent une atmosphère presque mystique. Le contraste entre l’obscurité et la lumière devient un motif visuel puissant tout au long du film.
La bande sonore de Hans Zimmer, autre collaborateur de longue date de Nolan, est à la fois subtile et puissante. Elle mêle habilement des sons électroniques modernes à des instruments d’époque, créant une tension sonore qui reflète le conflit entre tradition et innovation au cœur du film.
“The Last Light” brille particulièrement dans ses moments plus intimes. Les scènes entre Edison et sa femme Mary (Emily Blunt dans un rôle poignant) offrent un contrepoint émotionnel aux grands enjeux historiques. Leur relation complexe, marquée par l’admiration mutuelle mais aussi par les sacrifices imposés par l’ambition d’Edison, ajoute une profondeur humaine au récit.
Le film aborde également des questions éthiques complexes, notamment à travers le rôle d’Edison dans le développement de la chaise électrique. Ces séquences, parmi les plus sombres du film, montrent comment les innovations technologiques peuvent avoir des conséquences inattendues et parfois terrifiantes.

Nolan réserve quelques-uns de ses fameux “twists” pour la fin du film, offrant une nouvelle perspective sur l’héritage d’Edison qui pousse à la réflexion. Sans trop en révéler, disons simplement que la dernière scène jette un nouvel éclairage sur tout ce qui précède, invitant le spectateur à reconsidérer l’ensemble du récit.
En conclusion, “The Last Light” est bien plus qu’un simple biopic historique. C’est une œuvre ambitieuse qui utilise la vie d’Edison comme point de départ pour explorer des questions fondamentales sur l’innovation, l’ambition et le progrès. Nolan confirme une fois de plus son statut de maître conteur, livrant un film qui est à la fois un spectacle visuel époustouflant et une réflexion profonde sur la nature du génie et son impact sur le monde.