L’utilisation croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans les processus de recrutement soulève des inquiétudes quant à son impact sur l’égalité des chances, en particulier pour les femmes. Une étude récente menée par l’Université de Stanford révèle que certains algorithmes de sélection de CV pourraient perpétuer, voire amplifier, les biais de genre existants dans le monde professionnel.
Des algorithmes biaisés ?
L’étude, dirigée par la Dr. Emily Chen, a analysé les résultats de plusieurs systèmes d’IA utilisés par de grandes entreprises pour le tri initial des candidatures. Les résultats sont préoccupants : dans certains cas, les algorithmes ont systématiquement sous-évalué les CV féminins, même lorsque les qualifications étaient équivalentes à celles des candidats masculins.“Nous avons constaté que l’IA avait tendance à favoriser les parcours professionnels linéaires et à temps plein, ce qui désavantage souvent les femmes qui ont pu avoir des interruptions de carrière liées à la maternité ou au care familial”, explique la Dr. Chen.
L’effet “boîte noire” de l’IAUn des principaux problèmes identifiés est le manque de transparence dans le fonctionnement de ces algorithmes. Sarah Thompson, experte en éthique de l’IA chez Microsoft, souligne : “L’effet ‘boîte noire’ de certains systèmes d’IA rend difficile l’identification et la correction des biais. C’est un défi majeur pour garantir l’équité dans le recrutement.”
Des initiatives pour corriger le tir
Face à ces constats, plusieurs entreprises tech travaillent à développer des solutions plus équitables. Google a récemment lancé “FairAI”, un outil d’audit des algorithmes de recrutement visant à détecter et corriger les biais de genre.
De son côté, l’Union Européenne prépare une législation pour encadrer l’utilisation de l’IA dans les processus de recrutement. Margrethe Vestager, commissaire européenne au Numérique, affirme : “Nous devons nous assurer que l’IA soit un outil d’émancipation, pas de discrimination.”
L’importance de la diversité dans les équipes de développement
Les experts s’accordent sur un point : la diversité au sein des équipes qui développent ces technologies est cruciale. “Quand les algorithmes sont conçus majoritairement par des hommes, il y a un risque inhérent de biais”, explique Maria Rodriguez, fondatrice de “Women in AI”, une organisation promouvant la diversité dans le secteur de l’IA.

Des compétences “soft” sous-évaluées
Un autre aspect problématique est la difficulté des algorithmes à évaluer les compétences dites “soft”, comme l’intelligence émotionnelle ou la capacité à travailler en équipe, souvent mises en avant dans les profils féminins.Julia Hoffman, DRH chez un grand groupe pharmaceutique, témoigne : “Nous avons constaté que notre système d’IA avait tendance à sous-évaluer ces compétences cruciales. Nous travaillons actuellement à affiner nos algorithmes pour mieux les prendre en compte.”
L’IA, un outil parmi d’autres
Face à ces défis, de nombreux experts appellent à une approche plus nuancée de l’utilisation de l’IA dans le recrutement. “L’IA ne devrait être qu’un outil parmi d’autres dans le processus de sélection, pas le seul critère de décision”, insiste le Dr. Chen.
Certaines entreprises optent pour une approche hybride, combinant IA et évaluation humaine. C’est le cas chez L’Oréal, où Sophie Bellon, directrice du recrutement, explique : “Nous utilisons l’IA pour un premier tri, mais chaque candidature retenue est ensuite examinée par un recruteur humain. Cela nous permet de bénéficier de l’efficacité de l’IA tout en gardant une approche personnalisée.”
Vers une IA plus inclusive
Malgré ces défis, beaucoup restent optimistes quant au potentiel de l’IA pour favoriser la diversité dans le recrutement, à condition qu’elle soit bien conçue et utilisée.
Des initiatives comme “AI for Her”, lancée par IBM, visent à former spécifiquement les femmes aux métiers de l’IA, dans le but de créer une nouvelle génération de développeuses capables de concevoir des algorithmes plus inclusifs.
En conclusion, si l’IA présente des risques de perpétuation des biais de genre dans le recrutement, elle offre aussi l’opportunité de repenser nos processus de sélection pour les rendre plus équitables. L’enjeu est de taille : garantir que les technologies qui façonneront le monde du travail de demain soient véritablement inclusives et équitables pour tous.