Afghanistan : la vie des femmes dans les régions reculées sous le régime taliban

Deux ans après le retour au pou­voir des tal­ibans en Afghanistan, la sit­u­a­tion des femmes dans les régions reculées du pays reste préoc­cu­pante. Mal­gré les promess­es ini­tiales d’un régime plus mod­éré, les restric­tions imposées aux femmes se sont dur­cies, par­ti­c­ulière­ment dans les zones rurales éloignées des regards inter­na­tionaux.

Un quo­ti­di­en sous haute sur­veil­lance

Dans les provinces reculées comme Badghis ou Ghor, les femmes font face à des restric­tions dras­tiques de leurs lib­ertés. Selon un rap­port récent de l’ONG Human Rights Watch, 89% des femmes dans ces régions n’ont plus le droit de tra­vailler en dehors de chez elles, con­tre 76% dans les grandes villes.

Fati­ma, 28 ans, témoigne anonymement : “Avant, je tra­vail­lais comme sage-femme. Main­tenant, je ne peux même plus sor­tir sans un tuteur mas­culin. C’est comme si notre vie s’é­tait arrêtée.”

L’é­d­u­ca­tion, un rêve inac­ces­si­ble

L’ac­cès à l’é­d­u­ca­tion pour les filles reste un défi majeur. Les chiffres de l’U­NICEF sont alar­mants :

  • 97% des écoles pour filles sont fer­mées dans les zones rurales
  • Seule­ment 12% des filles âgées de 12 à 18 ans ont accès à une forme d’é­d­u­ca­tion, sou­vent clan­des­tine
  • Le taux d’al­phabéti­sa­tion des femmes dans ces régions est tombé à 17%, con­tre 30% en 2021

San­té : une sit­u­a­tion cri­tique

L’ac­cès aux soins de san­té pour les femmes s’est con­sid­érable­ment détéri­oré. L’Or­gan­i­sa­tion Mon­di­ale de la San­té rap­porte :

  • Une aug­men­ta­tion de 45% de la mor­tal­ité mater­nelle dans les zones rurales depuis 2021
  • 78% des femmes n’ont plus accès à des soins gyné­cologiques réguliers
  • Les cas de dépres­sion et d’anx­iété chez les femmes ont aug­men­té de 60%

Résis­tance et sol­i­dar­ité

Mal­gré ces con­di­tions dif­fi­ciles, des réseaux de sol­i­dar­ité se sont for­més. Des “écoles secrètes” pour filles se sont mul­ti­pliées, opérant dans la clan­des­tinité. Selon des esti­ma­tions d’ONG locales, env­i­ron 2000 de ces écoles exis­teraient à tra­vers le pays, éduquant près de 40 000 filles.Zainab, une enseignante clan­des­tine, explique : “Nous risquons notre vie, mais l’é­d­u­ca­tion est notre seul espoir pour un avenir meilleur.”

L’im­pact économique

La mise à l’é­cart des femmes a des con­séquences économiques désas­treuses. La Banque Mon­di­ale estime que :

  • Le PIB afghan a dimin­ué de 5% sup­plé­men­taires du fait de l’i­n­ac­tiv­ité for­cée des femmes
  • 30% des petites entre­pris­es rurales, aupar­a­vant gérées par des femmes, ont fer­mé
  • La pro­duc­tion agri­cole a bais­sé de 15% dans les régions où les femmes étaient tra­di­tion­nelle­ment impliquées

La com­mu­nauté inter­na­tionale face à un dilemme

Face à cette sit­u­a­tion, la com­mu­nauté inter­na­tionale se trou­ve dans une posi­tion déli­cate. Les sanc­tions économiques, bien que néces­saires pour faire pres­sion sur le régime tal­iban, ont des con­séquences indi­rectes sur les pop­u­la­tions les plus vulnérables.L’ONU a appelé à une approche plus nuancée. Mme Ami­na Mohammed, Vice-Secré­taire générale, déclare : “Nous devons trou­ver des moyens d’aider directe­ment les femmes afghanes sans pour autant légitimer le régime en place.”

Ini­tia­tives et espoirs

Mal­gré le tableau som­bre, des lueurs d’e­spoir per­sis­tent :

  • Des pro­grammes d’aide ciblés, comme “Women for Afghan Women”, ont réus­si à attein­dre 15 000 femmes dans les zones reculées en 2024
  • Des for­ma­tions pro­fes­sion­nelles clan­des­tines, sou­vent via des appli­ca­tions mobiles, ont béné­fi­cié à plus de 5000 femmes
  • Des réseaux inter­na­tionaux de sou­tien se sont for­més, offrant un sou­tien psy­chologique et des con­seils juridiques à dis­tance

Con­clu­sion

La sit­u­a­tion des femmes dans les régions reculées d’Afghanistan reste cri­tique, mais leur résilience et leur déter­mi­na­tion sont remar­quables. Alors que le monde con­tin­ue de chercher des solu­tions pour aider ces femmes sans ren­forcer le régime tal­iban, leur courage quo­ti­di­en reste une source d’in­spi­ra­tion et un rap­pel de l’im­por­tance de la lutte pour les droits des femmes à l’échelle mon­di­ale.

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