Le congé menstruel fait débat : Avancée ou piège pour l’égalité ?

L’in­tro­duc­tion du con­gé men­stru­el dans plusieurs pays européens sus­cite un vif débat sur ses impli­ca­tions pour l’é­gal­ité pro­fes­sion­nelle entre hommes et femmes. Alors que cer­tains y voient une avancée majeure pour le bien-être des femmes au tra­vail, d’autres craig­nent un retour en arrière dans la lutte pour l’é­gal­ité des chances.

Qu’est-ce que le con­gé men­stru­el ?

Le con­gé men­stru­el per­met aux femmes de pren­dre un ou plusieurs jours de con­gé par mois pen­dant leurs règles, sans perte de salaire. L’Es­pagne a été le pre­mier pays européen à l’adopter en 2024, suivi par l’I­tal­ie et les Pays-Bas en 2025.

Les argu­ments en faveur

Les défenseurs du con­gé men­stru­el met­tent en avant plusieurs points :

  1. Recon­nais­sance des spé­ci­ficités biologiques féminines
    Dr. Maria Sanchez, gyné­co­logue : “Les douleurs men­stru­elles peu­vent être inval­i­dantes pour cer­taines femmes. Ce con­gé recon­naît enfin cette réal­ité.”
  2. Amélio­ra­tion du bien-être au tra­vail
    Une étude menée aux Pays-Bas mon­tre une réduc­tion de 30% de l’ab­sen­téisme féminin depuis l’in­tro­duc­tion du con­gé men­stru­el.
  3. Brise-tabou
    Sophie Durand, soci­o­logue : “Par­ler ouverte­ment des règles au tra­vail con­tribue à nor­malis­er ce sujet encore trop sou­vent tabou.”

Les inquié­tudes et cri­tiques

Les opposants au con­gé men­stru­el soulèvent plusieurs préoc­cu­pa­tions :

  1. Risque de dis­crim­i­na­tion à l’embauche
    Me Julie Mar­tin, avo­cate en droit du tra­vail : “Cer­tains employeurs pour­raient être réti­cents à embauch­er des femmes en âge de pro­créer, craig­nant une pro­duc­tiv­ité moin­dre.”
  2. Ren­force­ment des stéréo­types
    Paul Dupont, chercheur en études de genre : “Ce con­gé pour­rait ren­forcer l’idée que les femmes sont moins fiables ou pro­duc­tives que les hommes.”
  3. Iné­gal­ités entre femmes
    Toutes les femmes ne souf­frent pas de règles douloureuses, ce qui pour­rait créer des ten­sions au sein des équipes.

L’ex­péri­ence des pays pio­nniers

En Espagne, un an après l’in­tro­duc­tion du con­gé men­stru­el, le bilan est mit­igé :

  • 60% des femmes éli­gi­bles ont util­isé ce droit au moins une fois
  • 15% de réduc­tion des arrêts mal­adie liés aux men­stru­a­tions
  • Mais 8% des entre­pris­es rap­por­tent une réti­cence accrue à embauch­er des femmes jeunes

Les alter­na­tives pro­posées

Face à ces débats, cer­taines entre­pris­es et pays explorent des alter­na­tives :

  1. Flex­i­bil­ité du tra­vail
    L’en­tre­prise sué­doise Vol­vo a opté pour une poli­tique de tra­vail flex­i­ble pen­dant les men­stru­a­tions, plutôt qu’un con­gé spé­ci­fique.
  2. Meilleure prise en charge médi­cale
    La France envis­age de ren­forcer la prise en charge de l’en­dométriose et autres trou­bles men­stru­els, plutôt que d’in­stau­r­er un con­gé.
  3. Édu­ca­tion et sen­si­bil­i­sa­tion
    Au Roy­aume-Uni, des cam­pagnes de sen­si­bil­i­sa­tion sur la san­té men­stru­elle sont menées dans les entre­pris­es.

Le point de vue des syn­di­cats

Les syn­di­cats sont divisés sur la ques­tion. Marie Leblanc, de la CFDT : “Nous soutenons le principe du con­gé men­stru­el, mais nous deman­dons des garanties con­tre la dis­crim­i­na­tion.”

De son côté, Pierre Dupont, de FO, s’in­quiète : “Ne risque-t-on pas de créer une nou­velle forme de dis­crim­i­na­tion pos­i­tive qui pour­rait se retourn­er con­tre les femmes ?”

L’im­pact sur la car­rière des femmes

Une étude lon­gi­tu­di­nale menée au Japon, où le con­gé men­stru­el existe depuis 1947, mon­tre des résul­tats con­trastés :

  • Les femmes util­isant régulière­ment ce con­gé ont 5% de chances en moins d’at­tein­dre des postes de direc­tion
  • Mais elles rap­por­tent un meilleur équili­bre vie pro­fes­sion­nelle-vie per­son­nelle

Vers une approche plus glob­ale ?

De nom­breux experts appel­lent à une approche plus holis­tique de la san­té des femmes au tra­vail. Dr. Emma Fitzger­ald, experte en san­té au tra­vail : “Le con­gé men­stru­el ne doit être qu’une par­tie d’une poli­tique plus large de bien-être au tra­vail, inclu­ant une meilleure prise en charge médi­cale, une flex­i­bil­ité accrue et une édu­ca­tion pour tous.”

Le débat con­tin­ue

Alors que d’autres pays européens envis­agent d’in­tro­duire le con­gé men­stru­el, le débat est loin d’être clos. Il soulève des ques­tions fon­da­men­tales sur l’é­gal­ité, la san­té au tra­vail et la manière dont nos sociétés pren­nent en compte

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