Le Mariage en Europe, une Institution en Péril ?

Pen­dant des siè­cles, le mariage a été la pierre angu­laire de la société européenne, un con­trat à la fois religieux, civ­il et pat­ri­mo­ni­al assur­ant la sta­bil­ité des lignées. Aujour­d’hui, le paysage a rad­i­cale­ment changé. Entre baisse de la nup­tial­ité et explo­sion des divorces, le mariage sem­ble devenir une excep­tion, voire un luxe de nos­tal­giques. Pourquoi cette union est-elle dev­enue si “rare et dif­fi­cile” dans nos sociétés mod­ernes ?

Le Déclin des Chiffres, la Mon­tée de l’In­di­vidu

L’Eu­rope assiste à une éro­sion con­stante du nom­bre de mariages. Si nos grands-par­ents se mari­aient par néces­sité sociale ou par pres­sion famil­iale, la généra­tion actuelle place l’é­panouisse­ment per­son­nel au-dessus de l’in­sti­tu­tion. On ne se marie plus pour “devenir quelqu’un”, mais parce qu’on a “réus­si sa vie”.

Le mariage est devenu tardif. On attend d’avoir une sit­u­a­tion sta­ble, un loge­ment, une car­rière entamée. Cette exi­gence de per­fec­tion rend l’en­gage­ment plus lourd : on ne s’u­nit plus pour con­stru­ire, on s’u­nit pour célébr­er une con­struc­tion déjà achevée. Pour beau­coup, le coût financier et émo­tion­nel d’un pos­si­ble échec (le divorce étant désor­mais la norme sta­tis­tique dans plusieurs pays) freine les élans. Le PACS ou l’u­nion libre sont devenus les refuges de ceux qui craig­nent la rigid­ité du con­trat civ­il.

Un Engage­ment Dif­fi­cile dans un Monde Liq­uide

Le soci­o­logue Zyg­munt Bau­man par­lait de “société liq­uide”, où tout, des objets aux rela­tions, doit être flu­ide et inter­change­able. Dans ce con­texte, le “pour tou­jours” du mariage résonne comme une anom­alie. La dif­fi­culté ne réside pas dans l’amour, mais dans la durée.

L’Eu­rope occi­den­tale val­orise aujour­d’hui l’au­tonomie indi­vidu­elle. L’idée de com­pro­mis, moteur essen­tiel du mariage, est par­fois perçue comme un renon­ce­ment à soi-même. De plus, l’indépen­dance finan­cière crois­sante des femmes a trans­for­mé le mariage : il n’est plus un con­trat de survie, mais un choix pure­ment affec­tif, donc plus frag­ile. Quand le sen­ti­ment s’é­ti­ole, plus rien ne retient les con­joints, là où autre­fois la pres­sion économique ou sociale main­te­nait les foy­ers unis.

Vers une Sacral­i­sa­tion du “Choix”

Pour­tant, para­doxale­ment, si le mariage se raré­fie, il se sacralise. Ceux qui saut­ent le pas le font avec une solen­nité renou­velée. Le mariage devient une “œuvre d’art” per­son­nelle, un événe­ment ultra-scé­nar­isé. Mais cette quête de per­fec­tion esthé­tique masque sou­vent la dif­fi­culté réelle du quo­ti­di­en : com­ment faire vivre un pro­jet com­mun dans une société qui pousse à la per­for­mance indi­vidu­elle ?

Le mariage en Europe n’est pas mort, mais il a changé de nature. Il est passé d’un rite de pas­sage oblig­a­toire à une option pre­mi­um de la vie de cou­ple. Un défi que seuls les plus auda­cieux — ou les plus idéal­istes — osent encore relever.

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