Le Droit à la Sécurité Sociale et la Dignité Humaine

1. Analyse Textuelle et Portée Philosophique

L’Ar­ti­cle 22 de la Déc­la­ra­tion Uni­verselle des Droits de l’Homme (DUDH) stip­ule :

“Toute per­son­ne, en tant que mem­bre de la société, a droit à la sécu­rité sociale ; elle est fondée à obtenir la sat­is­fac­tion des droits économiques, soci­aux et cul­turels indis­pens­ables à sa dig­nité et au libre développe­ment de sa per­son­nal­ité, grâce à l’ef­fort nation­al et à la coopéra­tion inter­na­tionale, compte tenu de l’or­gan­i­sa­tion et des ressources de chaque pays.”

Cet arti­cle est sou­vent qual­i­fié d’arti­cle “piv­ot”. Il mar­que la tran­si­tion entre les lib­ertés civiles (le droit de ne pas être empris­on­né, de vot­er, de par­ler) et les droits de “créance” (le droit d’ex­iger de l’É­tat une pro­tec­tion matérielle). Philosophique­ment, il repose sur l’idée que la lib­erté est illu­soire pour celui qui est écrasé par la faim ou la mal­adie. La dig­nité humaine ne se divise pas : elle néces­site à la fois la lib­erté poli­tique et la sécu­rité économique.

2. Le Con­cept de Sécu­rité Sociale : Bien Plus qu’une Assur­ance

En 1948, le con­cept de sécu­rité sociale était révo­lu­tion­naire. Inspiré en par­tie par le rap­port Bev­eridge au Roy­aume-Uni et par le pro­gramme du Con­seil Nation­al de la Résis­tance en France, cet arti­cle définit la société comme une com­mu­nauté de sol­i­dar­ité.

  • La pro­tec­tion con­tre les aléas de la vie : Il s’ag­it de garan­tir que la vieil­lesse, la mal­adie, l’in­va­lid­ité ou le chô­mage ne sig­ni­fient pas la déchéance sociale.
  • L’in­di­vidu en tant que mem­bre de la société : Ce droit n’est pas une char­ité accordée par l’É­tat, mais un droit inhérent à l’ap­par­te­nance à la col­lec­tiv­ité.

3. Les Trois Piliers du Développe­ment de la Per­son­nal­ité

L’ar­ti­cle men­tionne explicite­ment trois types de droits néces­saires au “libre développe­ment de la per­son­nal­ité” :

  1. Droits Économiques : Le droit à un niveau de vie suff­isant (ali­men­ta­tion, loge­ment).
  2. Droits Soci­aux : L’ac­cès aux soins de san­té et à l’é­d­u­ca­tion.
  3. Droits Cul­turels : Le droit de par­ticiper à la vie de l’e­sprit, à l’art et au pro­grès sci­en­tifique.

L’idée cen­trale est que l’être humain doit avoir les moyens de devenir qui il souhaite être. Sans sécu­rité matérielle, l’in­di­vidu est réduit à la survie biologique ; avec elle, il peut devenir un citoyen éclairé et créatif.

4. Effort Nation­al et Coopéra­tion Inter­na­tionale

Les rédac­teurs de la DUDH étaient réal­istes. Ils savaient que tous les pays ne dis­po­saient pas des mêmes richess­es. L’ar­ti­cle intro­duit donc deux nuances cru­ciales :

  • La coopéra­tion inter­na­tionale : Les pays rich­es ont un devoir de sol­i­dar­ité envers les pays en développe­ment pour les aider à met­tre en place ces sys­tèmes de pro­tec­tion.
  • L’adap­ta­tion aux ressources : L’É­tat a une oblig­a­tion de moyens. On ne peut pas exiger d’un pays en pleine recon­struc­tion après une guerre le même niveau de presta­tions qu’un pays en paix et prospère, mais l’É­tat doit prou­ver qu’il utilise le max­i­mum de ses ressources disponibles pour sat­is­faire ces droits.

5. Enjeux Con­tem­po­rains : La Crise de l’É­tat-Prov­i­dence

Aujour­d’hui, l’Ar­ti­cle 22 est au cœur des débats poli­tiques mon­di­aux :

  • Le vieil­lisse­ment démo­graphique : Com­ment financer la sécu­rité sociale des aînés dans des sociétés où la part des act­ifs dimin­ue ?
  • La pré­cari­sa­tion du tra­vail : L’émer­gence des tra­vailleurs indépen­dants et de la “gig econ­o­my” (plate­formes numériques) remet en cause les sys­tèmes basés sur le salari­at clas­sique.
  • Les iné­gal­ités mon­di­ales : Alors que cer­tains pays béné­fi­cient de sys­tèmes de san­té uni­versels, une grande par­tie de la pop­u­la­tion mon­di­ale n’a tou­jours aucune cou­ver­ture con­tre les risques de la vie, ren­dant l’ap­pel à la “coopéra­tion inter­na­tionale” plus urgent que jamais.

6. Con­clu­sion de l’Ar­ti­cle 22

L’Ar­ti­cle 22 trans­forme l’É­tat d’un sim­ple “gen­darme” (chargé de main­tenir l’or­dre) en un “garant de la dig­nité”. Il affirme que la pau­vreté n’est pas une fatal­ité, mais une vio­la­tion poten­tielle des droits de l’homme. En liant la sécu­rité économique au développe­ment de la per­son­nal­ité, il fait de la pro­tec­tion sociale la con­di­tion de la lib­erté réelle.

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