Les enfants sont de plus en plus violents : que cache ce comportement ? La responsabilité des parents ou du système politique et social ?

Intro­duc­tion

Depuis plusieurs années, la vio­lence chez les mineurs inquiète par­ents, enseignants et pro­fes­sion­nels de l’enfance. Rix­es dans les col­lèges, har­cèle­ment en ligne, agres­sions ver­bales ou physiques : les faits divers se mul­ti­plient et révè­lent une réal­ité préoc­cu­pante. Faut-il y voir un échec de l’éducation famil­iale, une défail­lance du sys­tème poli­tique et social, ou l’expression d’un mal-être généra­tionnel ? Cet édi­to­r­i­al pro­pose une analyse nuancée et appelle à une prise de con­science col­lec­tive.

Un phénomène en hausse : chiffres et con­stats

Selon les don­nées du min­istère de l’Intérieur, les vio­lences com­mis­es par des mineurs ont aug­men­té de 18 % entre 2020 et 2024. En 2024, plus de 16 000 faits de vio­lences sco­laires ont été recen­sés, dont 4 200 cas de har­cèle­ment grave. Les réseaux soci­aux jouent un rôle d’amplificateur : 65 % des jeunes déclar­ent avoir déjà été témoins ou vic­times de cybervi­o­lence.
Au-delà des chiffres, la vio­lence s’exprime aus­si dans le lan­gage, les com­porte­ments d’exclusion et la dif­fi­culté crois­sante à gér­er la frus­tra­tion ou le con­flit sans pass­er à l’acte.

Les caus­es : entre famille, société et poli­tique

La ten­ta­tion est grande de point­er du doigt les par­ents : manque d’autorité, absence de dia­logue, démis­sion éduca­tive… Mais la réal­ité est plus com­plexe.

Famille : La pré­car­ité, la mono­parental­ité, le stress pro­fes­sion­nel ou la perte de repères édu­cat­ifs frag­ilisent cer­tains foy­ers.

École : Class­es sur­chargées, manque de moyens, dif­fi­cultés à sanc­tion­ner ou à accom­pa­g­n­er les élèves en souf­france.

Société : Hyper­con­nex­ion, expo­si­tion pré­coce à la vio­lence (jeux vidéo, réseaux soci­aux), banal­i­sa­tion de l’agressivité dans l’espace pub­lic.

Poli­tique : Réformes inabouties, manque de préven­tion, iné­gal­ités ter­ri­to­ri­ales et sociales qui lais­sent cer­tains jeunes sans per­spec­tives.

La respon­s­abil­ité des par­ents : jusqu’où ?

Les par­ents restent les pre­miers édu­ca­teurs. Leur rôle est essen­tiel pour pos­er des lim­ites, trans­met­tre des valeurs et accom­pa­g­n­er l’enfant dans la ges­tion de ses émo­tions. Mais ils ne peu­vent pas tout : la société doit les soutenir, notam­ment en cas de dif­fi­cultés économiques ou psy­chologiques.
Les dis­posi­tifs d’aide à la parental­ité, les médi­a­tions famil­iales et les espaces d’écoute sont encore trop peu dévelop­pés ou mal con­nus.

Le rôle du sys­tème poli­tique et social

L’État et les col­lec­tiv­ités ont la respon­s­abil­ité de garan­tir un cadre pro­tecteur et égal­i­taire. Cela passe par :

Un investisse­ment mas­sif dans l’éducation, la san­té men­tale et la préven­tion

Des poli­tiques de lutte con­tre la pau­vreté et l’exclusion

Un accom­pa­g­ne­ment des familles en dif­fi­culté

Une val­ori­sa­tion des métiers de l’enfance et du social

Une régu­la­tion effi­cace des con­tenus vio­lents en ligne

Por­trait croisé : familles et pro­fes­sion­nels face à la vio­lence

« Mon fils de 13 ans a changé après le con­fine­ment. Il est devenu agres­sif, s’est replié sur lui-même. J’ai cher­ché de l’aide, mais les délais pour con­sul­ter un psy­cho­logue étaient inter­minables », témoigne Sophie, mère de deux enfants.
« À l’école, nous man­quons de moyens pour accom­pa­g­n­er les élèves en crise. Les sanc­tions ne suff­isent pas, il faut un vrai tra­vail de fond », explique Julien, CPE dans un col­lège de ban­lieue.

Quelles pistes d’action ?

Ren­forcer l’accompagnement des familles et la for­ma­tion des par­ents

Dévelop­per la médi­a­tion sco­laire et les dis­posi­tifs anti-har­cèle­ment

Inve­stir dans la san­té men­tale des jeunes (psy­cho­logues sco­laires, cel­lules d’écoute)

Sen­si­bilis­er aux dan­gers du cyber­har­cèle­ment et for­mer à la ges­tion des con­flits

Val­oris­er l’engagement asso­ci­atif et citoyen des jeunes

Con­clu­sion

La vio­lence des mineurs n’est pas une fatal­ité. Elle révèle les failles de notre société, mais aus­si la capac­ité de cha­cun à agir : par­ents, édu­ca­teurs, poli­tiques, citoyens. Plutôt que de chercher un coupable unique, il est temps de faire la part des choses et de con­stru­ire ensem­ble des répons­es durables, pour offrir à chaque enfant un avenir apaisé.

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