Meghalaya réduit son taux de mortalité maternelle de 40% — Un modèle pour le monde

L’É­tat de Megha­laya, situé dans le nord-est de l’Inde, a réal­isé un exploit remar­quable en réduisant son taux de mor­tal­ité mater­nelle de 40% en seule­ment cinq ans. Cette réus­site, dans une région longtemps con­sid­érée comme l’une des plus dif­fi­ciles en ter­mes de san­té mater­nelle, offre des leçons pré­cieuses pour d’autres régions en développe­ment.

Le con­texte

Le Megha­laya, con­nu pour ses paysages mon­tag­neux et sa pop­u­la­tion majori­taire­ment trib­ale, fai­sait face à de nom­breux défis en matière de san­té mater­nelle : accès lim­ité aux soins de san­té, manque d’in­fra­struc­tures, et pra­tiques tra­di­tion­nelles par­fois dan­gereuses.

En 2020, le taux de mor­tal­ité mater­nelle (TMM) de l’É­tat était de 197 pour 100 000 nais­sances vivantes, bien au-dessus de la moyenne nationale indi­enne. Cinq ans plus tard, ce chiffre est tombé à 118, une amélio­ra­tion spec­tac­u­laire qui a attiré l’at­ten­tion inter­na­tionale.

Les clés du suc­cès

  1. Approche com­mu­nau­taire : Le gou­verne­ment du Megha­laya a mis en place un réseau d’a­gents de san­té com­mu­nau­taires, prin­ci­pale­ment des femmes locales for­mées aux soins de base et à l’é­d­u­ca­tion san­i­taire. Ces “Asha work­ers” (Accred­it­ed Social Health Activists) jouent un rôle cru­cial dans le suivi des grossess­es et l’ori­en­ta­tion vers les struc­tures de san­té.
  2. Inté­gra­tion des pra­tiques tra­di­tion­nelles : Plutôt que d’im­pos­er un mod­èle médi­cal occi­den­tal, les autorités ont tra­vail­lé avec les sages-femmes tra­di­tion­nelles, inté­grant leurs con­nais­sances tout en les for­mant aux pra­tiques mod­ernes d’hy­giène et de sécu­rité.
  3. Amélio­ra­tion des infra­struc­tures : Des investisse­ments sig­ni­fi­cat­ifs ont été réal­isés pour amélior­er les routes et les trans­ports, facil­i­tant l’ac­cès aux cen­tres de san­té. Des clin­iques mobiles ont été déployées pour attein­dre les vil­lages les plus reculés.
  4. Util­i­sa­tion de la tech­nolo­gie : Une appli­ca­tion mobile de suivi des grossess­es a été dévelop­pée, per­me­t­tant aux agents de san­té de sur­veiller chaque femme enceinte et d’alert­er rapi­de­ment en cas de com­pli­ca­tion.
  5. Édu­ca­tion et autonomi­sa­tion : Des pro­grammes d’é­d­u­ca­tion ont été mis en place pour sen­si­bilis­er les femmes et leurs familles à l’im­por­tance des soins pré­nataux et de l’ac­couche­ment assisté.

Témoignages et impacts

Lax­mi Kharkon­gor, une “Asha work­er” de 35 ans, témoigne : “Avant, beau­coup de femmes accouchaient à la mai­son sans assis­tance médi­cale. Main­tenant, grâce à notre tra­vail de sen­si­bil­i­sa­tion, presque toutes les femmes de mon vil­lage vont à l’hôpi­tal pour accouch­er.”

Le Dr. Priya Raj, gyné­co­logue à l’hôpi­tal civ­il de Shil­long, la cap­i­tale de l’É­tat, observe : “Nous voyons une nette amélio­ra­tion dans l’é­tat de san­té des femmes enceintes qui arrivent à l’hôpi­tal. Elles sont mieux infor­mées et suiv­ies, ce qui facilite grande­ment notre tra­vail.”

Défis per­sis­tants

Mal­gré ces pro­grès impres­sion­nants, des défis sub­sis­tent. Les régions les plus reculées restent dif­fi­ciles d’ac­cès, et cer­taines com­mu­nautés sont encore réti­centes à adopter les pra­tiques médi­cales mod­ernes.

La mal­nu­tri­tion, un fac­teur impor­tant de com­pli­ca­tions pen­dant la grossesse, reste un prob­lème dans cer­taines zones. Des efforts sont en cours pour amélior­er la sécu­rité ali­men­taire et l’é­d­u­ca­tion nutri­tion­nelle.

Un mod­èle pour d’autres régions

Le suc­cès du Megha­laya a attiré l’at­ten­tion d’autres États indi­ens et de pays con­fron­tés à des défis sim­i­laires. Une délé­ga­tion du Nige­ria, pays qui lutte con­tre un taux élevé de mor­tal­ité mater­nelle, a récem­ment vis­ité l’É­tat pour étudi­er son approche.

L’UNICEF a salué le pro­gramme du Megha­laya comme un mod­èle de “san­té mater­nelle cul­turelle­ment sen­si­ble et tech­nologique­ment avancé”.

Per­spec­tives d’avenir

Fort de ce suc­cès, le gou­verne­ment du Megha­laya a fixé des objec­tifs encore plus ambitieux. Il vise à réduire le TMM à moins de 70 pour 100 000 nais­sances vivantes d’i­ci 2030, con­for­mé­ment aux Objec­tifs de Développe­ment Durable des Nations Unies.

Des plans sont en cours pour éten­dre le pro­gramme de for­ma­tion des sages-femmes tra­di­tion­nelles et pour intro­duire des tech­nolo­gies de télémédecine plus avancées dans les zones reculées.

L’ex­péri­ence du Megha­laya démon­tre qu’il est pos­si­ble de réalis­er des pro­grès spec­tac­u­laires dans la réduc­tion de la mor­tal­ité mater­nelle, même dans les régions les plus défa­vorisées. Cette réus­site est le fruit d’une approche holis­tique, com­bi­nant l’im­pli­ca­tion com­mu­nau­taire, l’in­té­gra­tion des pra­tiques tra­di­tion­nelles, l’amélio­ra­tion des infra­struc­tures et l’u­til­i­sa­tion de la tech­nolo­gie.

Le Megha­laya offre un mod­èle inspi­rant pour d’autres régions en développe­ment, prou­vant que des change­ments sig­ni­fi­cat­ifs peu­vent être obtenus grâce à une stratégie bien pen­sée et à une col­lab­o­ra­tion étroite entre les autorités, les com­mu­nautés locales et les organ­i­sa­tions inter­na­tionales.

Alors que le monde con­tin­ue de tra­vailler vers l’at­teinte des Objec­tifs de Développe­ment Durable, l’his­toire du Megha­laya rap­pelle que chaque vie sauvée est un pas vers un avenir plus équitable et plus sain pour toutes les femmes.

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