Bangalore, la Silicon Valley de l’Inde, est le théâtre d’une révolution silencieuse qui allie technologie, écologie et émancipation féminine. Le lancement des “e‑autos pour femmes”, des auto-rickshaws électriques conduits exclusivement par des femmes, marque une étape importante dans la lutte pour l’égalité des sexes et la mobilité durable en milieu urbain.
Genèse du projet
L’initiative “Pink E‑autos” a été lancée par Priya Sharma, une entrepreneure locale, en partenariat avec le gouvernement de l’État du Karnataka et plusieurs ONG. “Notre objectif est double,” explique Sharma. “Nous voulons offrir des opportunités d’emploi aux femmes dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes, tout en contribuant à la réduction de la pollution urbaine.”
Le projet a débuté avec une flotte de 100 e‑autos, avec l’ambition d’atteindre 1000 véhicules d’ici la fin de l’année. Chaque e‑auto est équipé de panneaux solaires, d’un GPS et d’un bouton d’urgence pour assurer la sécurité des conductrices et des passagers.
Formation et autonomisation des femmes
Les conductrices, issues principalement de milieux défavorisés, reçoivent une formation complète qui va au-delà de la simple conduite. Elles apprennent les bases de la mécanique, la gestion financière et les compétences en communication.
Lakshmi, l’une des premières conductrices, témoigne : “Ce travail a changé ma vie. Non seulement je gagne un revenu stable, mais je me sens aussi plus confiante et respectée dans ma communauté.”
Impact sur la mobilité urbaine
Les e‑autos roses sont rapidement devenus un symbole de sécurité et de fiabilité pour les femmes de Bangalore. Beaucoup de passagères rapportent se sentir plus en sécurité avec une conductrice, surtout la nuit.
Dr. Anita Rao, sociologue à l’Université de Bangalore, souligne : “Ce projet répond à un besoin crucial de mobilité sûre pour les femmes dans une ville en pleine expansion. Il contribue à rendre l’espace public plus inclusif.”
Défis et obstacles
Malgré son succès initial, le projet fait face à plusieurs défis. Le harcèlement de rue reste un problème, et certaines conductrices rapportent avoir été victimes de discrimination de la part de leurs homologues masculins.
De plus, l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques à Bangalore est encore en développement, ce qui peut parfois limiter l’autonomie des e‑autos.
Innovation technologique
Les e‑autos intègrent des technologies de pointe. Une application mobile permet aux utilisateurs de réserver un trajet, de suivre leur parcours en temps réel et de payer électroniquement. Les véhicules sont également équipés de capteurs qui collectent des données sur la qualité de l’air, contribuant ainsi à la cartographie de la pollution urbaine.
Impact environnemental
Selon une étude récente de l’Institut indien des sciences, chaque e‑auto en circulation permet de réduire les émissions de CO2 de 4 tonnes par an par rapport à un auto-rickshaw traditionnel. Avec l’expansion prévue de la flotte, l’impact sur la qualité de l’air de Bangalore pourrait être significatif.

Modèle pour d’autres villes
Le succès des e‑autos pour femmes à Bangalore a attiré l’attention d’autres villes indiennes. Delhi et Mumbai ont exprimé leur intérêt pour lancer des initiatives similaires.
Internationally, le projet a été salué comme un exemple innovant d’entrepreneuriat social combinant autonomisation des femmes et solutions écologiques. L’ONU Femmes a récemment cité l’initiative comme un modèle de “mobilité durable et inclusive” dans son rapport sur les villes intelligentes.
Perspectives d’avenir
Priya Sharma envisage déjà la prochaine étape : “Nous travaillons sur un programme de micro-crédit pour aider les conductrices à devenir propriétaires de leurs e‑autos. Notre vision à long terme est de créer une coopérative gérée entièrement par des femmes.”
Le projet des e‑autos pour femmes à Bangalore illustre comment l’innovation technologique peut être mise au service de l’émancipation féminine et de la durabilité environnementale. Il offre un modèle prometteur pour d’autres villes cherchant à relever les défis de la mobilité urbaine, de l’égalité des sexes et du changement climatique.